Wiki-SIDES

Espace des référentiels de spécialités pour SIDES

Outils pour utilisateurs

Outils du site


sides:ref:psy:item_348:risque_suicidaire

Risque et conduite suicidaire chez l'enfant, l'adolescent et l'adulte : identification et prise en charge

Points clés

  • 10300 suicides par an en France.
  • L'évaluation repose sur la triade Risque / Urgence / Dangerosité.
  • Une hospitalisation est indiquée en cas d'urgence élevée et est à discuter dans les autres situations.
  • Une réévaluation rapide est prévue en cas de prise en charge ambulatoire
  • L'évaluation du risque suicidaire est un réflexe en psychiatrie.

Identifier le risque suicidaire chez l'enfant l'adolescent et l'adulte

1. Pour comprendre

1.1. Définitions

Les conduites suicidaires comprennent :

  • Les suicides ;
  • Les tentatives de suicide ;
  • Les idées de suicide ;
  • Les équivalents suicidaires.

Le suicide est l'acte délibéré d'en finir avec sa propre vie, entraînant le décès de l'individu. Pour Durkheim, il s'agit de « la fin de la vie, résultant directement ou indirectement d'un acte positif ou négatif de la victime elle-même, qui sait qu'elle va se tuer ».

Le suicidé est l'individu qui s'est donné la mort volontairement.

Attention, quand une personne décède par suicide, on parle de suicide « abouti » et pas de suicide « réussi ».

La tentative de suicide correspond à tout acte délibéré, visant à accomplir un geste de violence sur sa propre personne (phlébotomie, précipitation, pendaison, arme à feu, intoxication au gaz …) ou à ingérer une substance toxique ou des médicaments à une dose supérieure à la dose reconnue comme thérapeutique. Cet acte doit être inhabituel : les conduites addictives (alcool, drogues…) sont donc exclues ainsi que les automutilations répétées et les refus de s'alimenter.

Le suicidant est l'individu survivant à sa tentative de suicide.

Les idées suicidaires correspondent à la pensée de se donner la mort, à l'élaboration consciente d'un désir de mort qu'il soit actif ou passif. Quand ces idées sont exprimées, on parle de menaces suicidaires.

Le suicidaire est l'individu ayant des idées suicidaires et/ou exprimant verbalement ou comportementalement des menaces suicidaires.

Les équivalents suicidaires sont des conduites à risque mettant en jeu la vie du sujet sans qu'il en ait réellement conscience. Cependant, il ne faut pas forcément, comme pour certains gestes autoagressifs (scarifications) les considérer comme des tentatives de suicide.

1.2. La crise suicidaire

La crise suicidaire est une crise psychique dans un contexte de vulnérabilité avec l'expression d'idées et d'intentions suicidaires.

Le risque majeur est la tentative de suicide et son aboutissement (le décès par suicide). Il s'agit d'un moment donné (avec un début et une fin), dans la vie d'un individu, où ses ressources adaptatives sont épuisées : l'individu dont les mécanisme d'ajustement (cf. Item 01) sont dépassées se sent dans une impasse et les idées suicidaires vont en s'augmentant, avec l'échec des différentes alternatives envisagées. Le suicide va progressivement apparaître à l'individu comme l'unique solution permettant de sortir de l'état de crise dans lequel il se trouve. Cette crise est réversible et temporaire et le suicide est une des sorties possibles de cette crise qui en fait toute sa gravité. La figure suivante illustre ce concept :

Présentation schématique de la crise suicidaire : les idées de suicide se font de plus en plus présentes au fur et à mesure de l'évolution de la crise suicidaire.

Cliniquement, la crise suicidaire peut se manifester initialement par :

  • des symptômes non spécifiques du registre dépressif ou anxieux,
  • une appétence alcoolique et tabagique,
  • un retrait par rapport aux marques d'affection et au contact physique
  • ainsi qu'un isolement.

Puis cette crise peut se manifester par certaines idées et comportements préoccupants :

  • un sentiment de désespoir,
  • une souffrance psychique intense,
  • une réduction du sens des valeurs,
  • un cynisme,
  • un goût pour le morbide et
  • une recherche soudaine d'armes à feu.

Au cours de l'évolution, une accalmie qui peut faire craindre un syndrome de Ringel évoqué plus loin et un comportement de départ sont des signes de très haut risque.

1.3. Epidémiologie

Pour en savoir plus

L'épidémiologie du suicide n'est pas toujours simple à faire et repose sur l'analyse de différentes données :

  • La mortalité est évaluée à partir des certificats de décès (CépiDc) mais le suicide n'y est pas toujours reconnu comme tel (incertitude sur l'intentionnalité de l'acte) et le phénomène sous estimé. Les instituts médicaux légaux, impliqués dans la certification des décès ont aussi des données sur le suicide.
  • L'autopsie psychologique correspond à la recherche post mortem de l'état psychologique du patient décédé. Elle permet de documenter l'existence de troubles psychiatriques ou non psychiatriques et le type de soins dont avait bénéficié le patient.
  • La morbidité (tentatives de suicide) est évaluée à partir des causes d'hospitalisation, d'enquêtes et par le réseau sentinelle.

Concernant les idéations suicidaires :

  • En 1994, dans la tranche d'âge des 15-19 ans, 23 % des garçons et 41 % des filles ont déclaré avoir eu des idées suicidaires ;
  • Un sondage SOFRES en 2000 évaluait la prévalence vie entière des idées suicidaires autour de 13 % en population générale âgée de plus de 18 ans ;
  • Selon les données du Baromètre santé 2010, 3,9% des personnes interrogées ont déclaré avoir pensé à se suicider au cours des 12 derniers mois ;
  • La chronicité de ces idées et l'élaboration d'un plan suicidaire sont des facteurs de risque de passage à l'acte.

Concernant les tentatives de suicide (TS) :

  • On estime entre environ 150 000 et 200 000 le nombre de tentatives de suicides donnant lieu à un contact avec le système de soins en France ;
  • Il y a davantage de tentatives de suicide chez les femmes et surtout chez les jeunes. Le sex-ratio F/H est compris aux alentours de 4 ;
  • En 2010, 5,5% des 15-85 ans déclarent avoir tenté de se suicider au cours de leur vie (7,6% des femmes et 3,2% des hommes) et 0,5% au cours des 12 derniers mois (0.7% des femmes et 0.3% des hommes) ;
  • La prévalence des TS est plus élevée entre 20 et 25 ans chez les hommes (0,6%) et entre 15 et 19 ans chez les femmes (2,0%). Le taux de TS au cours des 12 derniers mois tend ensuite à diminuer avec l'âge ;
  • Les principaux modes utilisés dans les tentatives de suicide sont dans l'ordre l'intoxication médicamenteuse volontaire et la phlébotomie ;
  • Concernant l'évaluation des récidives, à peu près 1/3 des personnes ayant déclaré avoir fait une tentative de suicide en ont déjà fait plusieurs (22 % des hommes et 35 % des femmes). On estime à 40 % le taux de récidives dont la moitié dans l'année, à 1% la mortalité par suicide dans l'année qui suit une tentative de suicide (soit de l'ordre de 50 fois plus que dans la population générale) et à plus de 10 % le décès par suicide au cours de la vie après une première tentative de suicide.

Concernant les suicides :

  • En France, le suicide reste une des premières causes de mort évitable : 10.314 décès en 2011 (CepiDC INSERM). Les chiffres nationaux sont de 16,4 suicides pour 100.000 habitants (25,3 pour les hommes et 8,0  pour les femmes). Il y a une surmortalité masculine nette avec un sex-ratio H/F de l'ordre de 3 ;
  • Le taux de mortalité par suicide augmente avec l'âge mais différemment selon les sexes ;
  • Le nombre de suicide est le plus élevé entre 35 et 54 ans, mais le taux de suicide est maximal chez les hommes de 85 ans ou plus ;
  • Les taux de suicide sont plus importants, chez les veufs puis chez les personnes divorcées. Les célibataires et personnes mariées ont des taux plus faibles ;
  • Si l'âge a un impact sur le suicide, il existe aussi des facteurs générationnels et les générations nées pendant l'entre deux guerres ont une propension plus faible au suicide que celles nées après 1945 ;
  • Le suicide est la 2ème cause de mortalité chez les 15-34 ans et la 1ère cause de mortalité chez les 25-30 ans ;
  • Les modes utilisés dans les suicides aboutis les plus fréquents sont dans l'ordre : la pendaison (en particulier chez les hommes), les armes à feu et les intoxications médicamenteuses volontaires (en particulier chez les femmes) ;
  • Les études d'autopsie psychologiques montrent que 95% des suicidés présentaient au moins un trouble mental au moment du décès. Ainsi, le chiffre de la mortalité par suicide est-il souvent à travers le monde un indicateur de Santé Mental d'un pays ou d'un territoire.
  • En France on estime qu'il y a 1 suicide toutes les 40 minutes et une tentative de suicide toutes les 4 minutes.
Attention, les facteurs de risques sont présentés en détail dans la partie évaluation du risque suicidaire.

2. Repérer la crise suicidaire en fonction du terrain et de l’âge

Le repérage de la crise suicidaire s'articule autour de trois axes :

  • L'expression d'idéations suicidaires ou d'intention suicidaire ;
  • Les manifestations d'une situation de crise psychique ;
  • Le contexte de vulnérabilité.

2.1. La crise suicidaire chez l’enfant et l’adolescent

2.1.1. La crise suicidaire chez l'enfant

Les enfants expriment rarement des idées et des intentions suicidaires.

Certains éléments peuvent témoigner d'une crise psychique comme des plaintes somatiques mal étiquetées, un repli, un isolement, des troubles de la communication, des troubles des apprentissages, une hyperactivité, une encoprésie, des blessures à répétition, des préoccupations exagérées pour la mort, une tendance à être le souffre-douleur des autres.

Les éléments suivants sont des facteurs de vulnérabilité : un isolement affectif, des bouleversements familiaux, l'entrée au collège, un contexte de maltraitance.

2.1.2. La crise suicidaire chez l'adolescent

L'expression d'idées et d'intentions suicidaires n'est plus considérée comme banale et est un motif suffisant d'intervention et de prévention.

Certains éléments peuvent témoigner d'une crise psychique comme une baisse des résultats scolaires, une hyperactivité, une attirance pour la marginalité, des conduites excessives ou déviantes, des conduites ordaliques (le sujet remet sa survie dans les mains du « hasard »), des conduites d'anorexie et de boulimie, des prises de risque inconsidérées (notamment au niveau sexuel), une violence sur soi et sur autrui, des fugues.

Si l'adolescence est en soi une période de vulnérabilité, les éléments suivants le sont aussi : l'isolement affectif, les ruptures sentimentales, les échecs (notamment scolaires), les conflits d'autorité.

2.2. La crise suicidaire chez l’adulte et l’âgé

2.2.1. La crise suicidaire chez l'adulte

L'expression d'idées suicidaires est peu fréquente en dehors de la relation avec le médecin ou de façon très manifeste dans la famille.

Certains éléments peuvent témoigner d'une crise psychique comme l'ennui, les sentiments de perte de rôle, d'échec, d'injustice, d'être en décalage, la perte d'investissement au travail, les difficultés relationnelles, les difficultés conjugales, l'incapacité à supporter une hiérarchie, les arrêts de travail à répétition, au contraire le surinvestissement au travail, des consultations répétées chez le médecin pour des symptômes aspécifiques (douleurs, sensation de fatigue…).

Les éléments suivants sont des facteurs de vulnérabilité : des statuts conjugal, social et professionnel précaires, une ambiance délétère au travail avec ou sans harcèlement, une toxicomanie, le sida, des situations de violence, une atteinte narcissique, l'émigration.

2.2.2. La crise suicidaire chez l'âgé

Les âgés n'expriment que rarement des idées suicidaires ou ont plus rarement que d'autres l'occasion de les exprimer ; mais ils passent à l'acte. Lorsqu'ils en expriment, elles ne doivent pas être banalisées.

Certains éléments peuvent témoigner de la crise psychique comme un repli sur soi, un refus de s'alimenter, un manque de communication, une perte d'intérêt pour les activités, un refus de soin.

Les éléments suivants sont des facteurs de vulnérabilité : un état dépressif caractérisée, une affection médicale générale potentiellement à l'origine de handicaps et de douleurs, des conflits, un changement d'environnement, le veuvage.

2.3. La crise suicidaire chez un patient atteint d’une pathologie psychiatrique

Les patients peuvent facilement exprimer des idées suicidaires ou, au contraire, les dissimuler.

La crise suicidaire est faite de moments à haut risque avec des moments d'accalmie alternants sur un fond de variabilité permanente. Certains signes parmi les signes de la maladie peuvent marquer une augmentation du risque :

  • Un isolement avec une décision de rompre les contacts habituels (par exemple la visite de l'infirmier de secteur etc.) ;
  • Une réduction et un abandon des activités ;
  • Une exacerbation des différents signes de la maladie.

La maladie est en soi un facteur de vulnérabilité.

3. Evaluer la crise suicidaire

Il faut donc être attentif à repérer ces différents signes (assez aspécifiques pris isolément) puisque leur association témoigne d'une crise suicidaire. En tout cas, il ne faut pas hésiter à questionner le patient sur ses idées de suicide. Cette attitude, loin de renforcer le risque suicidaire, ne peut que favoriser l'expression des troubles.

Attention, l'évaluation du risque suicidaire est un réflexe à avoir systématiquement en psychiatrie, et donc à l'iECN. Il faut être systématique et le plan à adopter est en trois parties : Risque - Urgence - Dangerosité

3.1. Evaluation du Risque

Les éléments suivants et leur intrication entre eux permettent l'évaluation du risque :

Individuels/personnels :

  • Antécédents suicidaires personnels ;
  • Diagnostic de trouble mental (troubles affectifs, troubles de la personnalité, psychose), abus ou dépendance à l'alcool ou aux drogues ;
  • Estime de soi : faible ou fortement ébranlée ;
  • Tempérament et style cognitif de l'individu (impulsivité, rigidité de la pensée, colère, agressivité) ;
  • Santé physique : problèmes de santé physique qui affectent la qualité de vie.

Familiaux :

  • Antécédents suicidaires familiaux ;
  • Violence, abus physique, psychologique ou sexuel dans la vie de l'individu.

Événements de vie :

  • Élément déclencheur : élément récent qui amène la personne en état de crise ;
  • Situation économique : difficultés économiques ;
  • Isolement social : réseau social inexistant ou pauvre, problèmes d'intégration ;
  • Séparation ou perte récente qui affecte encore le patient ;
  • Difficultés dans le développement : difficultés scolaires ou professionnelles, placement durant l'enfance/adolescence en foyer d'accueil, en détention ;
  • « Contagion » suite à un suicide : la personne est affectée par un suicide récent ;
  • Difficultés avec la loi (infractions, délits) ;
  • Pertes, échecs ou événements humiliants.

Les facteurs de protection sont aussi à envisager comme autant d'élément préservant du passage à l'acte. On peut citer :

  • Du point de vue individuel, la résilience peut se définir comme la capacité à fonctionner de manière adaptée en présence d'évènements stressants et de faire face à l'adversité, à continuer à se développer et à augmenter ses compétences dans une situation adverse ;
  • Du point de vue psychosocial, le soutien familial et social, le fait d'avoir des enfants, des amis sont autant de facteurs protecteurs.

3.2. Evaluation de l’Urgence

Un niveau de souffrance du sujet élevé (désarroi, repli sur soi, isolement relationnel, sentiment de dévalorisation ou d'impuissance ou de culpabilité).

Un degré d'intentionnalité élevé :

  • Le sujet envisage un scénario suicidaire et a pris des dispositions en vue d'un passage à l'acte (préparation du matériel etc.) ;
  • Le sujet n'envisage pas d'autre alternative que le suicide (idées envahissantes, ruminations anxieuses, recherche d'aide et attitudes par rapport aux soins) ;
  • L'intention a pu être communiqué à des tiers soit directement soit indirectement.

Des éléments d'impulsivité : tension psychique, instabilité comportementale, agitation, attaque de panique, antécédents de passages à l'acte, de fugue ou d'actes violents.

Un éventuel facteur déclenchant contextuel.

Un manque de soutien familial.

3.3. Evaluation de la Dangerosité

La dangerosité létale du moyen considéré.

L'accessibilité au moyen considéré.

Attention, la conférence de consensus organise l'évaluation de l'urgence et de la dangerosité en une seule étape. Pour être plus clair nous les avons séparés en deux différents paragraphes. Pour être exhaustifs, tous les éléments décrits pour l'évaluation de l'urgence et de la dangerosité dans la conférence de consensus ont été repris, même si certains avaient déjà été décrits dans les facteurs de risque.

Le tableau suivant issu de la conférence de consensus reprend les différents éléments de l'évaluation de l'urgence et de la dangerosité en vous donnant une idée sur le degré d'urgence :

Urgence faible Urgence moyenne Urgence élevée
Bonne alliance thérapeutique Est isolé Est très isolé
Veut parler et est à la recherche de communication A besoin d'aide et exprime directement ou indirectement son désarroi Complètement ralenti par la dépression ou au contraire dans un état d'agitation,
Avec une souffrance et une douleur omniprésente ou complètement tue
Cherche des solutions à ses problèmes Ne voit pas d'autre recours que le suicide A le sentiment d'avoir tout fait et tout essayé
Pense au suicide sans scénario suicidaire précis Envisage un scénario dont l'exécution est reportée A un accès direct et immédiat à un moyen de se suicider
Envisage encore d'autres moyens pour surmonter la crise Envisage le suicide avec une intention claire Décidé, avec un passage à l'acte planifié et prévu dans les jours qui viennent
N'est pas anormalement troublé mais psychologiquement souffrant Présente un équilibre émotionnel fragile Coupé de ses émotions, rationalisant sa décision ou au contraire, très émotif, agité ou anxieux
Attention, certains outils psychométriques peuvent aussi être utilisés pour l'évaluation du risque suicidaire. Ils sont peu utilisés en pratique. On peut citer par exemple l'échelle de désespoir de Beck.

Attention, malgré ces techniques d'évaluation clinique du risque suicidaire, le passage à l'acte reste un geste difficilement prévisible.

Attention, il faut être attentif à l'éventualité d'un syndrome présuicidaire de Ringel caractérisé par un calme apparent, une attitude de retrait, une diminution de la réactivité émotionnelle, de la réactivité affective, de l'agressivité et des échanges interpersonnels. Ces signes ne sont pas rassurants et cachent un envahissement fantasmatique par des idéations suicidaires.

Principes de prévention et de prise en charge

1. Principes de prévention

Prévention primaire Prévention secondaire Prévention tertiaire
Application à la suicidologie Elle concerne les sujets qui ne sont pas en crise suicidaire mais qui présentent des facteurs de risques. La suppression des facteurs de risque et des facteurs de décompensation auprès des populations à risque a prouvé son efficacité. Il s'agit par exemple du traitement d'un état dépressif. Il s'agit aussi de prévenir le passage à l'acte suicidaire chez les patients hospitalisés en psychiatrie et donc à haut risque.Dépistage précoce de la crise suicidaire pour arrêter le processus suicidaire avant un passage à l'acte. Ce dépistage passe par le généraliste mais aussi le spécialiste et comprend l'évaluation précédemment décrite auprès du patient et de son entourage (Risque, Urgence, Dangerosité). Lorsqu'un risque suicidaire important est détecté, une hospitalisation, éventuellement en SDT doit être proposée.La prise en charge des suicidants est détaillée plus bas.
Les réseaux d'accueil et d'écoute, par exemple par téléphone sont un moyen privilégié de prévention et peuvent intervenir à tout niveau.
La prévention passe aussi par la médecine scolaire et la médecine du travail.

2. Principes de prise en charge

2.1. Abord du patient

L'entretien doit se faire dans un endroit calme, en toute confidentialité et en face à face. Il a pour premier but de travailler l'alliance thérapeutique. Il ne faut pas hésiter à laisser le patient exprimer ses émotions.

Les idées suicidaires doivent être abordées par exemple avec des questions comme « avez-vous des idées de suicides ? » ou « avez-vous envie de mourir ? ».

Une souffrance tolérable doit être écoutée, si celle-ci est intolérable (agitation, perplexité anxieuse), il faut la soulager par des médicaments appropriés.

Il ne faut pas banaliser des conduites suicidaires qui sont une urgence psychiatrique, c'est-à-dire une urgence du moment où l'expression est possible.

A l'inverse, il ne faut pas dramatiser la situation et les patients doivent se sentir libre d'exprimer leur vécu et leurs idées. Il peut être utile de recevoir la famille pour expliquer la situation.

L'examen médical du patient est indispensable et permet d'apaiser le patient et d'entrer en relation.

On peut repérer des soutiens possibles dans l'entourage, déjà au courant ou non et proposer au patient de les appeler et de les informer pour qu'ils puissent le soutenir. La recherche de soutien sera faite en cas de prise en charge ambulatoire comme en cas d'hospitalisation (HDT).

La participation du patient aux soins doit être évaluée.

Il faut faire la distinction entre :

  • Une crise suicidaire dans un contexte de crise psychosociale ;
  • Une crise suicidaire en rapport avec un trouble mental.

2.2. Conduite à tenir en urgence

Les urgences accueillent fréquemment des sujets en situation de crise suicidaire, soit lors d'une tentative de suicide ou lors d'une intoxication alcoolique ou lors d'une attaque de panique etc.

L'accueil doit se faire au calme dans un box en essayant de garder autour du patient les mêmes interlocuteurs et doit contribuer à sécuriser le patient.

Après stabilisation du patient (moyens de réanimation adaptés), un avis psychiatrique et/ou une hospitalisation brève en unité de crise sont recommandés.

L'urgentiste doit décider d'une hospitalisation :

  • Pour stabiliser un patient au pronostic engagé du fait de sa tentative de suicide ;
  • Devant un risque suicidaire imminent ;
  • Devant une situation d'insécurité sévère dans les perspectives de sortie ;
  • Devant une perplexité anxieuse sans distanciation vis-à-vis de la souffrance psychique.

Le but de l'entretien psychiatrique est de réaliser l'évaluation de la psychopathologie, de la crise suicidaire mais aussi la décision de la prise en charge :

Un traitement médicamenteux sera parfois à prescrire en urgence comme des sédatifs ou des anxiolytiques en cas d'agitation ou d'anxiété importante. Leur prescription symptomatique devra être bornée dans le temps.

2.2.1. Indications de l'hospitalisation

L'hospitalisation s'impose en cas de niveau d'urgence élevée.

Dans les autres situations, elle sera à adapter à la situation du patient par exemple en cas de pathologie psychiatrique sous jacente, d'isolement social, d'entourage potentiellement délétère, de refus d'aide médicale (refus d'un entretien de réévaluation). L'hospitalisation peut être faite sous le mode de l'hospitalisation libre ou de soins à la demande d'un tiers.

L'hospitalisation a les objectifs suivants :

  • Protéger la personne en limitant le risque de passage à l'acte suicidaire ;
  • Faciliter la résolution de la crise (alternatives) en mettant en place une psychothérapie de soutien (relation de confiance, verbalisation de la souffrance, travail de l'alliance thérapeutique etc.) ;
  • Mettre en place un suivi ultérieur en ambulatoire ;
  • Mettre en place un traitement psychiatrique adapté à la pathologie en cause.

L'hospitalisation n'empêche pas un patient de se suicider et de nombreux suicides (5%) ont lieu en établissement de soins. Il faut prendre certaines précautions visant à limiter l'accès à des moyens létaux (suppression des points d'appui résistant au poids du corps, inventaire des affaires et retrait des objets dangereux) et à assurer une surveillance rapprochée (chambre près de l'infirmerie).

Il faut bien expliquer, que ce soit en hospitalisation libre ou à la demande d'un tiers, les raisons de l'hospitalisation, les conditions d'accueil (lieu, durée d'hospitalisation, fonctionnement de l'équipe).

Attention, que se soit en hospitalisation ou en ambulatoire le suivi psychologique permet d'aider le patient à mettre en place des alternatives possibles au projet de suicide. L'entretien doit s'attacher à valoriser les éléments positifs de la vie du patient, de sa personnalité.

De la même manière, que se soit en hospitalisation ou en ambulatoire, il faudra traiter un trouble psychiatrique comme par exemple un épisode dépressif caractérisé.

Le lithium a une indication dans le trouble bipolaire et est un des seuls psychotropes reconnu comme ayant une action “anti-suicide”.

2.3. Suivi ambulatoire et organisation de la post-crise

En cas de prise en charge ambulatoire :

  • Un rendez vous au bout de quelques jours doit permettre de réévaluer la situation ;
  • L'entourage doit être proche et disponible. Clairement il faut identifier les ressources accessibles dans l'entourage et s'assurer qu'elles sont suffisantes pour soutenir le patient.

La continuité des soins doit être envisagé et organisée dès le début de la prise en charge de crise. Les modalités proposées seront adaptées au stade évolutif de la crise, au moment de la prise en charge, au contexte dans lequel elle s'inscrit et aux professionnels ou intervenants sollicités.

La prise en charge doit tenir compte du contexte familial et des entretiens familiaux peuvent être proposés.

En présence d'un cumul de plusieurs facteurs de risque, il faut orienter le patient vers un suivi psychiatrique en hospitalisation ou en ambulatoire.

Une psychothérapie peut être indiquée pour traiter les facteurs psychopathologiques de vulnérabilité ou en diminuer les effets critiques.

En l'absence de facteurs de risque, il faut organiser une réévaluation après la crise.

L'assistant(e) social(e) joue aussi un rôle important en cas de crise psychosociale.

Durant l'année qui suit le début de la crise, le risque de récidive important fait recommander la plus grande vigilance.

Attention, un moyen important de prévention du suicide est la mise à l'écart des moyens suicidaires létaux comme par exemple les armes à feu.

Il faut y penser et en discuter avec le patient et son entourage.

3. Particularités liées au terrain et à l’âge

En plus des éléments précédemment décrits, il existe certaines particularités liées au terrain, à prendre en compte.

3.1. La crise suicidaire chez l’enfant et l’adolescent

3.1.1. La crise suicidaire chez l'enfant

Lorsqu'une crise suicidaire est dépistée chez un enfant, par exemple par un enseignant les éléments suivants guident la conduite à tenir :

  • Il ne faut pas chercher à résoudre le problème seul ;
  • Il faut parler avec l'enfant sans que cela soit intrusif ;
  • Il faut signaler les signes repérés à la famille ;
  • Il faut signaler au médecin scolaire qui fera le lien avec le médecin généraliste et/ou le médecin spécialiste.

En cas de crise suicidaire avérée, une hospitalisation est nécessaire pendant quelques jours pour débuter une prise en charge médico-pédopsychiatrique adaptée.

3.1.2. La crise suicidaire chez l'adolescent

Lorsqu'une crise suicidaire est dépistée chez un adolescent, par exemple par un enseignant les éléments suivants guident la conduite à tenir :

  • Il faut créer un climat d'empathie avec le jeune qui va permettre son accompagnement vers les professionnels de l'établissement (médecin, infirmière, psychologue ou assistante scolaires), la famille et le médecin traitant ;
  • Il faut avoir recours aux réseaux spécialisés existants.

En cas de crise suicidaire avérée et en particulier en cas de tentative de suicide, la prise en charge hospitalière est favorisée. Le suivi ambulatoire sera à mettre en place dès la sortie. En cas de non venue aux rendez-vous de suivi, on peut mettre en place des visites à domicile quand cela est organisable ou reprendre une hospitalisation si le risque persiste. Il faut s'avoir là aussi s'appuyer sur des intervenants extérieurs (éducateurs, paramédicaux etc.).

3.2. La crise suicidaire chez l’adulte et l’âgé

3.2.1. La crise suicidaire chez l'adulte

Lorsqu'une crise suicidaire est dépistée chez un adulte, par exemple par l'entourage proche, les éléments suivants guident la conduite à tenir :

  • L'entourage proche doit essayer d'établir un lien et une relation de confiance en adoptant une attitude de bienveillance, d'écoute, de dialogue et d'alliance ;
  • A partir de ces attitudes, l'entourage peut accompagner le patient vers les différents réseaux d'aide et au soin.

En cas de crise suicidaire avérée, la prise en charge est celle expliquée ci-dessus.

3.2.2. La crise suicidaire chez l'âgé

Lorsqu'une crise suicidaire est dépistée chez un âgé, par exemple par le généraliste, les éléments suivants guident la conduite à tenir :

  • Une dépression doit être plus particulièrement recherchée car elle est quasiment constante ;
  • L'existence d'un éventuel changement comportemental doit faire envisager une douleur physique et/ou une maltraitance.

En cas de crise suicidaire avérée la prise en charge doit particulièrement veiller à rechercher des moyens de mort violente et les enlever du domicile.

3.3. La crise suicidaire chez un patient atteint d’une pathologie psychiatrique

Lorsqu'une crise suicidaire est dépistée chez un patient déjà suivi en psychiatrie, les éléments suivants guident la conduite à tenir :

  • Il faut prendre contact avec le ou les thérapeutes habituels ;
  • Il faut assurer la sécurité par rapport à des objets ou des médicaments dangereux ;

En cas de crise suicidaire avérée la prise en charge s'appuie généralement sur l'hospitalisation.

Résumé

La crise suicidaire est une crise psychique réversible et temporaire, dans un contexte de vulnérabilité. Les ressources adaptatives de la personne sont épuisées. Le suicide est une des sorties possibles de cette crise qui en fait toute sa gravité (environ 10300 par an en France).

L'entretien psychiatrique a pour but l'évaluation du risque (recherche de facteurs de risque et de facteurs de protection), de l'urgence (niveau de souffrance élevé et degré d'intentionnalité élevé) et de la dangerosité (létalité du moyen considéré et facilité d'accès à ce moyen).

L'hospitalisation (libre ou sous contrainte) s'impose en cas de niveau d'urgence élevée. Dans les autres cas, la décision d'hospitaliser sera à adapter à la situation. Il faut en tout cas penser à la mise à distance des moyens létaux. En cas de soins ambulatoires, l'entourage doit idéalement être proche et disponible. On prévoira une réévaluation rapide.

sides/ref/psy/item_348/risque_suicidaire.txt · Dernière modification: 30/04/2018 13:55 (modification externe)