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sides:ref:psy:item_59

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sides:ref:psy:item_59 [30/04/2018 13:55] (Version actuelle)
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 +====== Item 59 - Classification des troubles mentaux ======
  
 +**Points clefs :**
 +
 +  * Les maladies sont organisées par la classification internationale des maladies, actuellement dans sa version 10 (CIM 10).
 +  * Cette classification est définie par l’organisation mondiale de la santé (OMS).
 +  * Cette classification s’applique en psychiatrie comme dans le reste de la médecine.
 +  * Un système de classification spécifique des troubles mentaux a été défini par l’association américaine de psychiatrie. Il s’agit du manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, actuellement dans sa version IV révisée traduit en français (DSM IV TR).
 +  * Le DSM IV TR est plus utilisé que la CIM 10 pour les recherches cliniques en psychiatrie. Il tend à faire référence en pratique clinique courante également bien que la CIM 10 reste la référence en France pour la cotation des actes dans les hôpitaux.
 +
 +
 +===== 1 De la séméiologie au trouble =====
 +
 +==== 1.1 Signes et symptômes cliniques psychiatriques:​ un rappel ====
 +
 +=== 1.1.1 Définitions ===
 +
 +  * Un signe est une observation clinique « objective », par exemple le ralentissement psychomoteur. ​
 +  * Un symptôme est une expérience « subjective » décrite par le patient, par exemple l’humeur dépressive. ​
 +  * Un syndrome est un ensemble de signes et symptômes formant un ensemble reconnaissable.
 +Le recueil de la séméiologie psychiatrique implique : 
 +  * une attention au contenu de l’entretien, ​
 +  * mais également à son déroulement et à son contexte familial et social [[sides:​ref:​psy:​item_1|(cf. Item 1)]]
 +Par exemple, le clinicien doit tenir compte du degré d’anxiété du sujet au cours de l’entretien,​ d’éventuelles difficultés de communication et de facteurs socio-culturels susceptibles d’influencer l’expression ou le vécu des troubles (par exemple : crainte d’une stigmatisation sociale, interprétations subjectives et culturelles des symptômes). ​
 +
 +=== 1.1.2 Les domaines de l’examen clinique psychiatrique ===
 +
 +L’examen psychiatrique est essentiellement clinique. L’analyse séméiologique en psychiatrique consiste à explorer 7 domaines de l’expérience vécue et des conduites du patient. Nous allons rappeler brièvement l’organisation et les termes séméiologiques importants en psychiatrie,​ qui seront ensuite approfondis dans chaque item de trouble psychiatrique spécifique.
 +
 +== 1.1.2.1 La présentation ==
 +
 +Parmi la présentation et le contact, il faut notamment analyser :
 +  * l’apparence avec :
 +    * l’allure qui peut être extravagante ou bizarre, ​
 +    * l’hygiène corporelle qui peut être révélatrice d’une incurie (avec indifférence et manque de soin), ​
 +  * la mimique, qui peut être 
 +    * hypermimique (exagérée),​
 +    * hypomimique (diminuée),​ voire amimique (disparition de toute mimique), ​
 +    * dysmimique, c’est à dire en désaccord avec le contenu psychoaffectif (comme les sourires immotivés, ou non adaptés, les paramimies ou les échomimies),​
 +  * et les activités psychomotrices qui peuvent être :
 +    * excessives (accélération psychomotrice voire agitation),
 +    * diminuées (ralentissement psychomoteur et bradykinésie), ​
 +    * inadaptées (avec des bizarreries,​ des parakinésies,​ du maniérisme,​ des attitudes empruntées ou des stéréotypies).
 +
 +== 1.1.2.2 Le discours et la pensée ==
 +
 +Le discours et la pensée doivent s’analyser au niveau de leur dynamique, de leur forme et de leur contenu.
 +  * La dynamique du discours peut être :
 +    * augmentée (avec la logorrhée, discours abondant et rapide, voire la verbigération),​
 +    * diminuée (avec pauvreté du discours, discours non spontané, réponse laconique, latence des réponses, voire mutisme).
 +  * Le rythme de la pensée peut lui même être :
 +    * augmenté (tachypsychie,​ fuite des idées, relâchement des associations,​ coq à l’âne et associations par assonance),
 +    * diminué (bradypsychie,​ monoïdéisme,​ voir anidéisme ou alogie, c’est à dire absence de production de pensée).
 +  * La forme du discours peut être altérée :
 +    * au niveau phonétique (prosodie diminuée avec possible voix monocorde, augmentée ou dysprosodique), ​
 +    * au niveau lexico sémantique (néologismes,​ c’est à dire invention de mots, et paralogismes voire schizophasie c’est à dire invention d’un nouveau langage)
 +    * au niveau syntaxique (avec agrammatisme),​
 +    * dans sa continuité avec des incohérences,​ de la diffluence (avec pensée tangentielle,​ circonlocutoire,​ digressive, allusive, vague, sans idée directrice) et parfois avec des discontinuités (avec fading, c’est à dire arrêt progressif du discours du patient, traduisant un évanouissement du cours de la pensée pouvant aller jusqu’à un barrage).
 +  * Le contenu du discours et de la pensée peut retrouver :
 +    * des idées délirantes, ​
 +    * des soucis et inquiétudes, ​
 +    * des obsessions, ​
 +    * des idées phobiques, ​
 +    * des idées liées à une anxiété anticipatoire, ​
 +    * des idées liées à l’humeur (négatives,​ de dévalorisation,​ de mort, de suicide ou au contraire, positives, de grandeur, etc…).
 +
 +== 1.1.2.3 La perception ==
 +
 +Les modifications de la perception sont notamment :
 +  * Les hallucinations (perceptions sans objet) qui peuvent être : 
 +    * intrapsychiques (avec perte de l’intimité psychique),
 +    * sensorielles (auditives, visuelles, olfactives, gustatives, tactiles, cénesthésiques),​
 +  * Les illusions (perceptions déformées) qui peuvent être : 
 +    * auditives, ​
 +    * visuelles, ​
 +    * olfactives, ​
 +    * gustatives, ​
 +    * tactiles, ​
 +    * cénesthésiques,​
 +  * Les augmentations de la perception sensorielle (hypersensibilité ou hyperesthésie sensorielle) ou la diminution de la perception sensorielle (hyposensibilité ou hypoesthésie sensorielle) au niveau : 
 +    * auditif, ​
 +    * visuel, ​
 +    * olfactif, ​
 +    * gustatif, ​
 +    * tactile, ​
 +    * cénesthésique,​
 +  * La déréalisation qui est une perception du monde modifiée avec sentiment d’étrangeté ou d’irréalité,​ et la dépersonnalisation qui est une perception de soi-même comme différent et étrange.
 +
 +== 1.1.2.4 L’affectivité ==
 +
 +L’affectivité comprend les émotions et l’humeur :
 +  * Les émotions sont les réponses affectives immédiates à un stimulus. Les émotions peuvent être :
 +    * plus intenses (hyperesthésie affective, hyperréactivité émotionnelle),​
 +    * diminuées (hypoesthésie voir anesthésie affective), ​
 +    * anxieuses, ​
 +    * discordantes avec le contenu psychoaffectif (discordance idéo affective avec possible réaction émotionnelle inappropriée). ​
 +    * L’anhédonie désigne plus spécifiquement la perte de la capacité à éprouver du plaisir,
 +  * L’humeur est la tonalité affective globale et durable qui colore la perception du monde. L’humeur peut être :
 +    * oaugmentée (hyperthymie : humeur expansive, exaltée, souvent associé à une hypersyntonie c’est à dire une hypersensibilité au contexte et au ambiance),
 +    * diminuée (hypothymie : humeur dépressive,​ douloureuse,​) voir absente (athymie), ​
 +    * changeante (labilité de l’humeur). ​
 +    * L’athymhormie désigne tout à la fois la suppression de l’humeur (athymie) et la perte de l’élan vital (aboulie : difficulté à initier des actes).
 +
 +== 1.1.2.5 Les fonctions instinctuelles ==
 +
 +  * Le sommeil peut être modifié avec
 +    * insomnie, ​
 +    * hypersomnie,​
 +    * parasomnies.
 +  * L’alimentation avec :
 +    * anorexie,
 +    * hyperphagie. ​
 +  * La sexualité avec : 
 +    * hyposexualité, ​
 +    * hypersexualité,​
 +    * baisse de la libido,
 +    * libido exagérée. ​
 +  * Au niveau neurovégétatif ont peut retrouver des signes sympathiques d’anxiété et d’hyperréactivité neurovégétative.
 +
 +== 1.1.2.6 Le comportement ==
 + 
 +  * Il peut exister des évitements et des compulsions c’est à dire des comportements permettant de diminuer l’anxiété.
 +  * Le fonctionnement interpersonnel peut être inhibé ou désinhibé avec un contrôle des impulsions altéré (avec possible atteinte au mœurs, agressivité et conduite à risque).
 +
 +== 1.1.2.7 Jugement et insight ==
 +
 +  * Le jugement peut être distordu avec une logique inappropriée et des indécisions.
 +  * L’insight c’est à dire la conscience de la maladie, la capacité d’attribuer les expériences mentales inhabituelles à la pathologie, et l’adhésion au traitement peut également être altéré.
 +
 +==== 1.2 De la nécessité de tenir compte du contexte ====
 +
 +Le recueil séméiologique est couplé au recueil d’informations sur le contexte. En particulier :
 +  * l’âge, ​
 +  * le sexe, 
 +  * les antécédents psychiatriques et médicaux, personnels et familiaux, ​
 +  * les facteurs de stress et les évènements de vie,
 +  * et l’environnement familial, social et professionnel.
 +Ces informations permettent de contextualiser les éléments séméiologiques et de guider les hypothèses diagnostiques. ​
 +Certaines variables socio-démographiques ou cliniques sont des facteurs de risque ou des facteurs pronostiques permettant d’orienter les options thérapeutiques [[sides:​ref:​psy:​item_58|Item 58]]. 
 +
 +==== 1.3 Le trouble mental ====
 +
 +=== 1.3.1 L’intérêt de l’approche catégorielle ===
 +
 +Un trouble mental (ou trouble psychiatrique) se défini difficilement par une physiopathologie sous-jacente univoque. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’en psychiatrie le terme de « trouble » est préféré au terme de « maladie ». Pour autant la compilation de signes et de symptômes et leur classification en entités morbides (catégorielles) est importante pour :
 +  * étudier l’épidémiologie,​ avec les facteurs de risque (génétiques et psycho-sociaux) [[sides:​ref:​psy:​item_58|(cf. Item 58)]],
 +  * prévoir une évolution ou pronostic, avec la mortalité (par suicide ou par cause médicale non psychiatrique) et la morbidité (sévérité symptomatique et nombre d’hospitalisations,​ intégration sociale et qualité de vie) [[sides:​ref:​psy:​item_58|(cf. Item 58)]],
 +  * formuler des hypothèses étiopathogéniques.
 +Le modèle catégoriel favorise la prise de décision puisqu’il permet de justifier une thérapeutique qui permet d’influer le pronostic naturel [[sides:​ref:​psy:​item_72|(cf. Item 72)]]. Il facilite également l’information du patient et de son entourage [[sides:​ref:​psy:​item_1|(cf. Item 1)]]
 +Un trouble mental a donc été défini de manière statistique par un ensemble de critères permettant lorsqu’ils sont présents d’identifier des entités qui en l’absence de prise en charge psychiatrique spécifique présentent un mauvais pronostic [[sides:​ref:​psy:​item_58|(cf. Item 58)]]. L’évolution des connaissances épidémiologiques,​ pronostiques et thérapeutiques rend parfois nécessaire l’évolution des classifications nosographiques en médecine. L’évolution du DSM (Diagnostic and Statistical Manual) nord-américain vers sa version 5 ou la future évolution de la CIM (Classification Internationale des Maladies de l’OMS) vers sa version 11, s’inscrivent dans cette démarche pragmatique et scientifique. Ces évolutions restent cependant d’un intérêt secondaire pour le non spécialiste.
 +
 +=== 1.3.2 Les critères pour définir un trouble mental ===
 +
 +Pour définir un trouble mental il faut :
 +  * des critères séméiologiques spécifiques,​ avec des symptômes et des signes qui seront le plus souvent organisés en syndrome, ​
 +  * des critères d’évolution temporelle, par exemple une rupture par rapport à un état antérieur ou des critères de durée d’évolution des symptômes,
 +  * des critères fonctionnels avec :
 +    * une répercussion psychologique (souffrance psychique et/ou altération de la qualité de vie),
 +    * et/ou une répercussion sociale (avec la notion de handicap). ​
 +Enfin, le diagnostic d’un trouble mental ne se pose définitivement qu’après avoir éliminé un diagnostic différentiel : 
 +  * une pathologie médicale psychiatrique (autre trouble mental expliquant mieux la séméiologie recueillie),​ ou toxique (intoxication ou sevrage) ​
 +  * et une pathologie médicale non psychiatrique (encore appelée pathologie / affection médicale générale). ​
 +Il n’existe actuellement pas d’examen complémentaire dont la sensibilité ou la spécificité seraient suffisantes pour confirmer un diagnostic de trouble mental. Par contre, l’élimination d’un diagnostic différentiel toxique ou médicale non psychiatrique peut nécessiter des examens complémentaires.
 +
 +
 +<​note>​Pour en savoir plus : en pratique
 +----
 +
 + 
 +Commentaires sur la notion de trouble psychiatrique
 +----
 +
 +
 +  * Un syndrome psychiatrique est différent d’un trouble mental qui implique pour être posé les critères supplémentaires présentés précédemment. ​
 +    * Par exemple, un syndrome dépressif peut permettre de poser le diagnostic d’un trouble dépressif caractérisé (trouble psychiatrique) à condition que les critères supplémentaires d’évolution temporelle, de répercussions psychologiques,​ sociales et d’absence de diagnostic différentiel soient remplis. ​
 +    * Mais si le syndrome dépressif est mieux expliqué par une pathologie médicale non psychiatrique alors le diagnostic de trouble dépressif caractérisé ne peut être posé ; dans ce cas, le terme de syndrome dépressif secondaire à une cause médicale non psychiatrique est à utiliser.
 +  * Habituellement en médecine le système nosologique de la Classification Internationale des Maladies (CIM 10) et le système de Classification Internationale du Fonctionnement (CIF 10) sont séparés puisque le diagnostic d’une maladie ne dépend pas de ses répercussions fonctionnelles mais de sa physiopathologie sous-jacente [[sides:​ref:​psy:​item_117|(cf. Item 117)]] Cependant, en psychiatrie,​ la définition d’un trouble mental implique de tenir compte des répercussions fonctionnelles des symptômes.
 +  * Du point de vue sémantique il faut retenir qu’un trouble mental (ou psychiatrique) est responsable d’un handicap psychique et non pas d’un handicap mental (terme utilisé plus spécifiquement dans le domaine de la déficience intellectuelle) [[sides:​ref:​psy:​item_117|(cf. Item 117)]]
 +</​note>​
 +
 +===== 2 Nosographie psychiatrique =====
 +
 +==== 2.1 Définitions ====
 +
 +  * La séméiologie est la science du recueil des signes et symptômes d’une maladie. Elle implique de connaître un vocabulaire spécifique.
 +  * La nosologie est la science des critères de classification des maladies sur laquelle repose la nosographie.
 +
 +==== 2.2 Système nosographique psychiatrique ====
 +
 +Il existe deux systèmes nosographiques psychiatriques utilisés au niveau international :
 +  * La CIM 10 (Classification Internationale des Maladies, 10ème édition), rédigée par l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) qui classe toutes les maladies, dont les troubles psychiatriques.
 +  * Le DSM 5 (5ème révision du Diagnostic and Statistical Manual), rédigé par l’APA (Association Américaine de Psychiatrie) qui classe uniquement les troubles psychiatriques.
 +La CIM 10 est le système nosographique de référence utilisé dans les hôpitaux pour la cotation des actes. Le DSM 5 (et son prédécesseur le DSM IV-TR) est le système nosographique de référence en recherche psychiatrique. De grandes similitudes existent entre ces deux systèmes nosographiques. Les subtilités et différences de ces systèmes concernent uniquement le spécialiste. ​
 +Les critères précis des systèmes classificatoires ne doivent pas être appris sans avoir compris leur pertinence séméiologique,​ en particulier à quels termes séméiologiques précis et à quel ensemble syndromique ils renvoient. A ce titre ces deux ouvrages, CIM 10 et DSM 5, ne peuvent pas être considérés à proprement parlé comme des manuels de psychiatrie. ​
 +Il s’agit cependant de comprendre que certaines constellations spécifiques de signes et symptômes permettent dans certaines circonstances (critères définis précédemment au point 1.3.2) de poser rigoureusement des diagnostics de troubles mentaux.
 +
 +==== 2.3 Les catégories nosographiques ====
 +
 +=== 2.3.1 Les catégories principales ===
 +
 +La distinction entre névrose et psychose n’est plus à utiliser. Chez l’adulte (et l’enfant) les grandes catégories suivantes sont à connaître :
 +  * Les troubles du neurodéveloppement qui regroupent entre autres [[sides:​ref:​psy:​item_65|(cf. Item 65)]] [[sides:​ref:​psy:​item_66|(cf. Item 66)]] :
 +    * le trouble du spectre autistique, ​
 +    * le trouble déficit d’attention/​hyperactivité, ​
 +    * les troubles spécifiques des apprentissages, ​
 +    * la déficience intellectuelle
 +  * Les troubles psychotiques [[sides:​ref:​psy:​item_61|(cf. Item 61)]] [[sides:​ref:​psy:​item_63|(cf. Item 63)]], caractérisés par « une perte des limites du moi et une altération marquée de l’appréhension de la réalité ».
 +  * Les troubles de l’humeur [[sides:​ref:​psy:​item_62|(cf. Item 62)]] [[sides:​ref:​psy:​item_64|(cf. Item 64)]], caractérisés par « une perturbation de l’humeur »
 +  * Les troubles anxieux [[sides:​ref:​psy:​item_64|(cf. Item 64)]], caractérisés par « une anxiété sans altération de l’appréhension de la réalité »
 +  * Les troubles somatoformes [[sides:​ref:​psy:​item_70|(cf. Item 70)]] caractérisés par « la présence de symptômes physiques faisant évoquer une pathologie non psychiatrique (ou affection médicale générale) mais qui ne peuvent s’expliquer complètement par une pathologie non psychiatrique »
 +  * Les troubles dissociatifs caractérisés par « la perturbation des fonctions normalement intégrées comme la conscience, la mémoire, l’identité ou la perception de l’environnement »
 +  * Les addictions [[sides:​ref:​psy:​item_73|(cf. Item 73)]] [[sides:​ref:​psy:​item_74|(cf. Item 74)]] [[sides:​ref:​psy:​item_75|(cf. Item 75)]] [[sides:​ref:​psy:​item_76|(cf. Item 76)]] [[sides:​ref:​psy:​item_77|(cf. Item 77)]] caractérisées par « l’impossibilité répétée de contrôler un comportement en dépit de la connaissance de ses conséquences négatives ».
 +
 +<​note>​Pour en savoir plus : en pratique
 +----
 +
 +Le Mini International Neuropsychiatric Interview
 +----
 +
 +Chez l’adulte le MINI (Mini International Neuropsychiatric Interview) est un entretien diagnostique structuré permettant d’évaluer la présence ou l’absence de ces troubles psychiatriques (à l’exception des troubles somatoformes et dissociatifs). ​
 +Le MINI est structuré en items de dépistage et en items de diagnostic. Si la réponse aux items de dépistage est positive, alors les items de diagnostic doivent être évalués. Si la réponse aux items de dépistage est négative alors l’entretien peut se poursuivre sur les items de dépistage du trouble suivant.
 +</​note>​
 +
 +=== 2.3.2 La spécification ===
 +
 +Quatre étapes de délimitation sont à suivre pour aboutir à un diagnostic de trouble mental spécifique et complet. ​
 +  - La première délimitation consiste à identifier dans quelle grande catégorie nosographique présentées précédemment (troubles du neurodéveloppement,​ troubles psychotiques,​ toroubles de l’humeur, troubles anxieux, troubles somatoformes,​ troubles dissociatifs et addictions) la séméiologie recueillie pourrait se situer. ​
 +  - La deuxième délimitation consiste à identifier le type de trouble psychiatrique dans le cadre de la grande catégorie. Par exemple, un recueil séméiologique peut faire évoquer la catégorie « trouble psychotique ». Suite à cette première étape, il s’agit de réaliser une deuxième délimitation pour définir un trouble mental spécifique,​ par exemple « trouble schizophrénique » ou « trouble délirant chronique ». 
 +  - La troisième délimitation consiste parfois à caractériser ou spécifier le trouble psychiatrique défini. Par exemple, un trouble schizophrénique peut être « de type paranoïde ». Il s’agit en quelque sorte de définir des formes cliniques.
 +
 +=== 2.3.3 Les comorbidités ===
 +
 +Enfin la quatrième délimitation,​ est en réalité une ouverture. Le diagnostic d’un trouble mental (par exemple la schizophrénie) ne doit pas faire oublier d’évaluer la comorbidité :
 +  * psychiatrique (par exemple un trouble anxieux associé à un trouble schizophrénique),​
 +  * addictif (par exemple une dépendance au tabac associé),
 +  * médicale non psychiatrique (par exemple un diabète sucré de type 2 associé).
 +En psychiatrie le diagnostic multiple est la règle plus que l’exception. Le diagnostic principal est celui qui est à l’origine de la consultation ou de l’admission à l’hôpital.
 +
 +===== 3 Notions d’épidémiologie =====
 +
 +L'​emploi de critères diagnostiques précis a rendu possible des études épidémiologiques fiables et valides en psychiatrie. Il permet trois types d’études épidémiologiques ([[sides:​ref:​psy:​item_58|(cf. Item 58)]] :
 +  * descriptive qui permet d'​évaluer la fréquence des troubles psychiques,
 +  * analytique qui permet d’identifier les facteurs de risque, ​
 +  * d'​évaluation qui permet d’évaluer les stratégies de soin et de prévention les plus efficientes et les moins coûteuses.
 +Concernant l’épidémiologie descriptive,​ la prévalence vie entière pour l'​ensemble des troubles mentaux est d’environ 30 %. Les troubles les plus fréquents sont les troubles anxieux (troubles phobiques environ 15 %, trouble anxiété généralisée environ 8 %), les troubles de l'​humeur (trouble dépressif caractérisé environ 10 %) et les troubles liés à l'​usage de substances (dépendance à l’alcool environ 10 %). La prévalence de la schizophrénie et des troubles bipolaires est d’environ 1,5 %.
 +La prévalence des troubles mentaux en consultation de médecine générale est d’environ 25 %. Il s’agit principalement des troubles anxieux, des troubles dépressifs caractérisés et des troubles somatoformes. Les patients suivis dans les services sectorisés de psychiatrie souffrent principalement de troubles psychotiques et de troubles de l’humeur sévères. ​
 +L'​espérance de vie des patients souffrant de troubles mentaux est inférieure à celle de la population générale. Les raisons sont :
 +  * Le risque suicidaire qui renvoie à la notion de gravité en psychiatrie [[sides:​ref:​psy:​item_11|(cf. Item 11)]] Pour rappel, la gravité d’une maladie est reliée au risque vital à court terme et au degré d’urgence de la situation. Le patient présentant une maladie grave risque de mourir si aucune mesure thérapeutique immédiate n’est mise en place (par exemple un asthme aigu grave). ​
 +  * Les retards au diagnostic et au traitement, augmentant la sévérité des maladies en psychiatrie. Pour rappel, la sévérité d’une maladie est reliée au pronostic, en terme de mortalité (rapidité d’évolution,​ risque de rechute et/ou de récidive grave) et de morbidité (retentissement fonctionnel de la maladie) [[sides:​ref:​psy:​item_117|(cf. Item 117)]]. L’individu atteint d’une maladie sévère risque d’avoir une qualité de vie altérée si aucune mesure thérapeutique n’est mise en place (par exemple un asthme sévère). Le degré de sévérité d’une maladie est un argument pour évaluer le rapport bénéfice risque d’un traitement et justifier le choix de thérapeutiques au long cours des maladies chroniques.
 +  * Les comorbidités addictives très fréquemment associées à tous les troubles mentaux [[sides:​ref:​psy:​item_73|(cf. Item 73)]] [[sides:​ref:​psy:​item_74|(cf. Item 74)]] [[sides:​ref:​psy:​item_75|(cf. Item 75)]] [[sides:​ref:​psy:​item_76|(cf. Item 76)]] [[sides:​ref:​psy:​item_77|(cf. Item 77)]]
 +  * Les comorbidités médicales non psychiatriques,​ d’autant que les patients souffrant de troubles mentaux ont un accès réduit aux soins médicaux [[sides:​ref:​psy:​item_135|(cf. Item 135)]].
 +
 +
 +<note important>​**Résumé :**
 +
 +Une maladie est « une entité clinique qui est parfaitement définie par son étiologie et sa physiopathologie ainsi que par sa présentation symptomatique et clinique ou par une combinaison bien identifiée de signes cliniques ». En psychiatrie,​ les maladies sont appelées des troubles mentaux (synonyme de troubles psychiatriques). Le terme trouble plutôt que maladie est utilisé car il n’existe pas une définition parfaite de l’étiologie ou de la physiopathologie du trouble. Un trouble mental peut cependant être parfaitement défini par des critères cliniques. Ces critères cliniques associent des critères sémiologiques (signes, symptômes et syndromes), des critères temporels (de début ou de durée d’évolution de la symptomatologie),​ des critères de répercussion fonctionnelle (psychologique et/ou sociale) et des critères d’absence de diagnostic différentiel.
 +</​note>​
 +
 +<note important>​**Référence pour en savoir plus :**
 +
 +  * Hardy-Baylé M.C., Hardy P., Corruble E., Passerieux C., Enseignement de la psychiatrie,​ 2008, Doin.
 +  * Kaplan, H.I., Sadock B.J., Manuel de poche de psychiatrie clinique, 2005, Pradel Editions. ​
 +  * Shea S.C. La conduite de l'​entretien psychiatrique : L'art de la compréhension,​ 2005, Elsevier Masson.
 +</​note>​
sides/ref/psy/item_59.txt · Dernière modification: 30/04/2018 13:55 (modification externe)