Wiki-SIDES

Espace des référentiels de spécialités pour SIDES

Outils pour utilisateurs

Outils du site


sides:ref:psy:item_63

Différences

Ci-dessous, les différences entre deux révisions de la page.

Lien vers cette vue comparative

sides:ref:psy:item_63 [30/04/2018 13:55]
sides:ref:psy:item_63 [30/04/2018 13:55] (Version actuelle)
Ligne 1: Ligne 1:
 +====== Item 63 - Trouble délirant persistant ======
  
 +**Points clefs :**
 +
 +  * On distingue différentes formes cliniques en fonction du thème des idées délirantes (persécution,​ érotomanie,​ jalousie). ​
 +  * Le traitement repose sur l’utilisation des différentes structures de soins selon la situation (hospitalisation en psychiatrie,​ consultation et soins ambulatoires),​ d’un traitement antipsychotique et de la psychothérapie dont l’objectif essentiel est l'​établissement d'un rapport de confiance entre le patient et le thérapeute. ​
 +  * Les thérapies de soutien, comportementales ou cognitives, ainsi que la thérapie d’acceptation et d’engagement peuvent être proposées.
 +
 +===== 1 Introduction : « Pour comprendre » =====
 +
 +La plupart des troubles délirants chroniques non schizophréniques ont été décrits en Europe au début du XXème siècle et regroupaient classiquement la psychose paranoïaque,​ la psychose hallucinatoire chronique, la paraphrénie et les psychoses passionnelles. Aujourd’hui,​ les délires chroniques non-schizophréniques ne sont plus reconnus en tant qu’entités distinctes dans les nomenclatures internationales et sont regroupés sous le label « troubles délirants persistants ». 
 +
 +<​note>​**Pour en savoir plus : histoire de la psychiatrie**
 +----
 +L’école psychiatrique française reconnaît trois types de délires persistants non schizophréniques différenciés selon leur mécanisme principal : la Psychose Hallucinatoires Chroniques, la paraphrénie et les délires paranoïaques. Sérieux et Capgras présentent,​ en 1909, le délire chronique d’interprétation (ou folie raisonnante). En 1911, le psychiatre français Gilbert Ballet individualise la psychose hallucinatoire chronique. Les délires d’imagination (paraphrénie) sont décrits en 1913 par Dupré et Logre. Les nouvelles classifications définissent les délires persistants comme des délires non bizarres : la paraphrénie tardive et la psychose hallucinatoire chronique font donc désormais partie des maladies du spectre schizophrénique et ne sont pas traitées dans cet item.
 +</​note>​
 +===== 2 Contexte épidémiologique =====
 +
 +L'​épidémiologie exacte du trouble délirant persistant est difficile en raison de sa rareté relative. Le trouble délirant peut être sous-évalué car ces patients recherchent rarement une aide psychiatrique. La prévalence estimée de ce trouble est actuellement de 0,02 à 0,03 %. L'âge moyen de début est d'​environ de 40 ans. 
 +
 +===== 3 Sémiologie psychiatrique =====
 +
 +
 +==== 3.1 Rappel sur les idées délirantes ====
 +
 +Une idée délirante correspond à un trouble du contenu de la pensée entraînant une perte du contact avec la réalité. Le délire est souvent l’objet d’une conviction inébranlable,​ inaccessible au raisonnement ou à la contestation par les faits. Il s’agit d’une « évidence interne », pouvant être plausible (non bizarre), mais qui n’est généralement pas partagée par le groupe socioculturel du sujet.
 +
 +=== 3.2.1 Thèmes ===
 +
 +Les thèmes les plus fréquemment retrouvés sont la persécution,​ la grandeur (mégalomanie),​ l’érotomanie,​ la jalousie, et le délire somatique
 +
 +=== 3.2.2 Mécanismes ===
 +
 +Les mécanismes rencontrés sont principalement l’interprétation l’intuition,​ et l’imagination. Il n’y a pas de mécanisme hallucinatoire dans les troubles délirants persistants contrairement à la schizophrénie. ​
 +
 +=== 3.2.3 Systématisation ===
 +
 +Les idées délirantes persistantes sont systématisées (par opposition à la schizophrénie où les idées délirantes sont non systématisées,​ marquées par l’illogisme et l’incohérence). Elles comportent généralement un thème et un mécanisme principaux (contrairement à la schizophrénie où les idées délirantes sont polymorphes). ​
 +
 +<​note>​**Pour en savoir plus**
 +----
 +On parle de délire « en secteur » lorsque le délire n’envahit qu’un champ de la vie du sujet (les délires passionnels comme érotomanie,​ jalousie, délires de revendication),​ et non pas la totalité des domaines de la vie du sujet par une extension du délire dit «en réseau ».
 +</​note>​
 +
 +=== 3.2.4 Adhésion ===
 +
 +Le sujet adhère totalement à ses croyances délirantes.
 +
 +=== 3.2.5 Participation affective / retentissement ===
 +
 +Le trouble délirant chronique peut s’accompagner d’épisodes dépressifs caractérisés (notamment dans les troubles délirants de persécution,​ la jalousie et l’érotomanie).
 +
 +===== 4 Le trouble psychiatrique =====
 +
 +==== 4.1 Diagnostics positifs ====
 +
 +=== 4.1.1 Pour poser le diagnostic de trouble délirant ​ ===
 +
 +Les idées délirantes doivent être non bizarres c’est à dire que le contenu du délire apparait relativement plausible. Ces idées doivent persister depuis plus d’un mois.
 +Il n’y a pas d’hallucination,​ de syndrome de désorganisation ou de syndrome négatif au premier plan contrairement à la schizophrénie. Du fait de l’absence de syndrome de désorganisation ou négatif, le trouble délirant chronique est généralement associé à un retentissement moins marqué du fonctionnement. ​
 +
 +<​note>​**Pour en savoir plus : le DSM-5**
 +----
 +Le Diagnostic de Trouble délirant persistant peut être posé si 
 +  * A Il y a présence d’**une ou plusieurs idées délirantes pendant plus d’un mois** ​
 +  * B que le critère A de la schizophrénie **n’est pas valide** (par exemple des hallucinations peuvent exister à bas bruit et être concordantes avec le thème du délire, comme des sensations d’infestations parasitaires associées à un délire parasitaire)
 +  * C Le **fonctionnement** n’est **pas altéré** et le comportement n’est **pas bizarre** en dehors du domaine du délire
 +  * D Si des symptômes maniaques ou dépressifs ont eu lieu, ils ont été très brefs par rapport à la durée du délire
 +  * E Le délire **n’est pas** la conséquence de l’utilisation ​ d’une substance
 +</​note>​
 +
 +=== 4.1.2 Les différentes formes cliniques ===
 +
 +Les différentes formes des troubles délirants persistants sont définies en fonction du thème des idées délirantes. ​
 +
 +== 4.1.2.1 Erotomaniaque et de jalousie ==
 +
 +Les idées délirantes à thématique **érotomaniaque** sont centrées sur la conviction erronée d’être aimé(e) par un individu. Elles résultent d’un mécanisme **intuitif** au départ, puis **interprétatif**. Ces idées délirantes sont plus fréquentes chez les femmes. Dans sa description initiale, les idées délirantes évoluent en trois phases : d’abord une phase longue d’espoir, à laquelle succède une phase de dépit, puis de rancune durant laquelle les sollicitations deviennent injures et menaces. Le risque de passage à l’acte est alors important et peut justifier une hospitalisation sous contrainte.
 +Les idées délirantes de **jalousie** portent sur la conviction **délirante** que son partenaire est infidèle (plus fréquentes chez les hommes et favorisées par un contexte d’alcoolodépendance).
 +
 +<​note>​**Pour en savoir plus**
 +----
 +En 1921, le psychiatre français Gaëtan de Clérambault isole de ces délires d’interprétation,​ les psychoses passionnelles,​ en décrivant ​ l’érotomanie et le délire de jalousie.
 +</​note>​
 +
 +== 4.1.2.2 Mégalomaniaque et de persécution ==
 +
 +Les idées délirantes **mégalomaniaques** ou **grandioses** portent sur la conviction délirante d’être doué d’un talent ou d’un pouvoir méconnu, ou d’avoir fait une découverte importante (« inventeurs méconnus »).
 +Les idées délirantes de **persécution** (anciennement nommées paranoïaques) portent sur la conviction délirante d’être victime d’un complot, d’un espionnage, ou d’être victime d’une conspiration visant à empêcher l’aboutissement des projets personnels de l’individu. (La paranoïa n’existe plus dans le DSM contrairement à la CIM).
 +
 +<​note>​**Pour en savoir plus**
 +----
 +La psychiatrie française distingue de façon historique dans le groupe des délires paranoïaques :
 +  * Les délires d’interprétation systématisés qui touchent progressivement tous les domaines de la vie du sujet par une extension du délire en réseau
 +  * Les délires des sensitifs qui ne s’étendent pas au-delà du domaine relationnel
 +  * Les délires passionnels : de revendication,​ de jalousie, et l’érotomanie développés en secteur sur un thème prévalent n’envahissant pas toute la vie psychique du sujet.
 +</​note>​
 +
 +== 4.1.2.3 Somatique ==
 +
 +Les idées délirantes **somatiques** portent sur les sensations ou les fonctions corporelles.
 +
 +==== 4.2 Diagnostics différentiels ====
 +
 +Psychiatriques : 
 +  * La schizophrénie et le trouble schizo-affectif
 +  * Un trouble de l'​humeur
 +  * Certains troubles de personnalité notamment le trouble de personnalité paranoïaque,​ le trouble de personnalité borderline et le trouble de personnalité anti-sociale. ​
 +Non-psychiatriques :  ​
 +  * Traitement médicamenteux (L-Dopa, Baclofène…)
 +  * Troubles neurologiques (confusion, accident vasculaire cérébral, encéphalite,​ épilepsie focale, syphilis stade III) s’accompagnant d’autres signes neurologiques (troubles de la vigilance…), ​
 +  * Autres : maladie de Wilson, Maladie de Nieman-Pick de type C (splénomégalie idiopathique,​ paralysie supra-nucléaire du regard, ataxie)…
 +
 +===== 5 La prise en charge psychiatrique =====
 +
 +==== 5.1 Stratégies de prévention ====
 +
 +==== 5.2 L’hospitalisation en psychiatrie ====
 +
 +L’hospitalisation d’un patient souffrant d’idées délirantes chroniques de persécution pose de nombreux problèmes sur le plan thérapeutique car elle accentue le sentiment de persécution et peut aggraver les comportements de revendication,​ c'​est-à-dire à réclamer une réparation disproportionnée d’un préjudice délirant. L’hospitalisation sous la modalité des **soins à la demande d’un représentant de l’état** (SDRE) est le plus souvent préférable à l’hospitalisation à la demande d’un tiers qui pourrait être désigné comme persécuteur par la suite. Les indications d’hospitalisation sont le **danger pour la sécurité des personnes et les troubles à l’ordre public** [[sides:​ref:​psy:​item_11|cf item 11]]. 
 +
 +==== 5.3 Traitement psychopharmacologique ou électrique ====
 +
 +  * Le recours au **traitement** **antipsychotique** est recommandé dans les troubles délirants. Les mêmes précautions d'​emploi que chez les patients souffrant de schizophrénie sont nécessaires. De faibles posologies au début de traitement sont le plus souvent recommandées du fait de la grande sensibilité de ces patients aux effets secondaires des médicaments antipsychotiques (syndrome extrapyramidal). Les médicaments antipsychotiques atténuent les convictions délirantes,​ atténuent l'​angoisse et réduisent l'​agressivité du patient. ​
 +  * L’association à un traitement **antidépresseur** est parfois nécessaire dans les idées délirantes chroniques en cas d’épisode dépressif caractérisé associé ​
 +
 +==== 5.4 Psychothérapie ====
 +
 +L'​essentiel d'une psychothérapie efficace est l'​établissement d'un rapport de confiance entre le patient et le thérapeute. La thérapie individuelle semble plus efficace que la thérapie de groupe. Les thérapies de soutien, comportementale ou cognitive, ainsi que la thérapie d’acceptation et d’engagement peuvent être proposées.
 + 
 +<note important>​**Résumé :**
 +---- 
 +Les troubles délirants persistants correspondent aux anciens troubles délirants chroniques non schizophréniques décrits en Europe au début du XXème siècle. ​ L'​épidémiologie exacte de ce trouble délirant persistant est difficile à définir précisément mais semble assez rare (0,05%). Pour poser le diagnostic de trouble délirant persistant, les idées délirantes doivent être non bizarres c’est à dire que le contenu du délire apparait relativement plausible, et doivent persister depuis plus d’un mois. Il n’y a pas d’hallucination,​ de syndrome de désorganisation ou de syndrome négatif au premier plan contrairement à la schizophrénie.
 +</​note> ​
 +
 +<note important>​**Référence pour en savoir plus :**
 +----
 +Schizophrénie. Synopsis de Psychiatrie. Psychiatrie de l’adulte I. Kaplan H., Sadock B. eds. Masson. Paris, 1998. pp 176-218.
 +Autres troubles psychotiques. Synopsis de Psychiatrie. Psychiatrie de l’adulte I. Kaplan H., Sadock B. eds. Masson. Paris, 1998. pp 219-257.
 +
 +Le délire au cinéma : le délire érotomaniaque est illustré dans le film « à la folie » de Laetitia Colombani (2002), le délire passionnel dans le film « L’enfer » de Claude Chabrol (1984) et le délire parasitaire/​somatique dans le film « Bug » de William Friedkin (2006).
 +</​note>​
sides/ref/psy/item_63.txt · Dernière modification: 30/04/2018 13:55 (modification externe)