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sides:ref:psy:item_67

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sides:ref:psy:item_67 [30/04/2018 13:55] (Version actuelle)
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 +====== Troubles psychiques de la grossesse et du post-partum ======
 +
 +===== Points clefs =====
 +
 +  * Les troubles psychiatriques sont principalement les épisodes dépressifs caractérisés du post-partum et plus rarement des épisodes psychotiques brefs du post-partum.
 +
 +  * Rechercher et prévenir un **risque de suicide** et/ou d'​**infanticide**. ​
 +
 +  * Dans les cas de troubles dépressifs sévères du post-partum,​ le recours à une unité d'​**hospitalisation conjointe** mère enfant est actuellement recommandé (possiblement imposé selon sévérité). ​
 +
 +  * Dans les cas des **épisodes psychotiques brefs du post-partum**,​ la patiente doit être hospitalisé en urgence en milieu spécialisé,​ avec ou sans son consentement.
 +
 +  * En cas de défaillance maternelle grave ou en cas de danger immédiat pour le bébé (risque d’infanticide),​ la mère doit être **séparée** de son bébé.
 +
 +  * Le **post-partum blues** n'est pas pathologique.
 +
 +  * Les traitements psychotropes doivent être prescrits avec prudence tant pendant la grossesse que pendant l'​allaitement.
 +
 +===== 1. Introduction :​ « Pour comprendre » =====
 +
 +Les troubles psychiques de la grossesse et du post-partum correspondent à tous les états troubles psychiatriques liés à la période de la gravido-puerpéralité s'​étendant de la conception à la première année de l'​enfant,​ incluant l'​accouchement,​ l'​allaitement et le sevrage. ​
 +
 +La grossesse est une étape essentielle du  développement ​ psycho-sexuel et de la parentalité chez la  femme. Elle entraîne de  profonds ​ remaniements tant somatiques que psycho-socio-biologiques,​ qui sont à considérer comme des facteurs de stress majeurs (cf. Item 01).  Chez la femme, il peut exister ​ une atténuation des troubles psychiatriques mais également une apparition ou une exacerbation.
 +
 +===== 2. Les facteurs de risques =====
 +
 +Ils doivent être dépistés lors de l'​entretien du quatrième mois.
 +
 +==== 2.1. Facteurs de vulnérabilité psychiques ====
 +
 +  *Antécédents de troubles psychiatriques personnels ou familiaux
 +  *Antécédents d'abus ou de maltraitance dans l'​enfance
 +  *Age (grossesse à l' adolescence et  grossesse tardive)
 +  *Mère célibataire/ ​ Difficultés conjugales / grossesse non désirée
 +  *Précarité socio économique / isolement
 +
 +==== 2.2. Facteurs culturels ====
 +
 +Concerne principalement les femmes migrantes :​ langue, représentations culturelles et rituels différents autour de la maternité et de la grossesse.
 +
 +==== 2.3. Facteurs gynécologiques et obstétricaux ====
 +
 +  *Primiparité
 +  *Découverte ou suspicion de malformation ou de pathologie fœtale
 +  *Accouchement dystocique / césarienne (surtout en urgence et/ou sous anesthésie générale) ​ / prématurité.
 +
 +===== 3. Grossesse chez une femme présentant des troubles psychiatriques =====
 +
 +==== 3.1. Troubles bipolaires, dépressif récurrent, schizophrénie ====
 +
 +La grossesse aurait tendance à apaiser les troubles psychiatriques pré-existantes. En revanche, le post-partum est une période à risque plus important de décompensation d'un trouble schizophrénique déjà connu ou d'un trouble de l'​humeur (les symptômes sont ceux habituellement décrits dans ces tableaux cliniques avec le risque de retentissement sur les interactions mère-enfant). ​
 +
 +Avant et pendant la grossesse, si la femme a un suivi en secteur spécialisé,​ la grossesse doit  faire l'​objet d'un projet thérapeutique,​ avec co-suivi régulier par psychiatres et obstétriciens ou sage femmes. La grossesse ne devrait être envisagée que lorsque le trouble psychiatrique est équilibrée depuis plusieurs mois.
 +
 +Dans le post-partum,​ il s'agit de prévenir les décompensations psychiatriques et les troubles de l'​attachement. La prise en charge doit être globale et pluridisciplinaire. Le projet de soin sera élaboré en fonction de l'​évaluation de la situation médico-psycho-sociale. ​
 +
 +==== 3.2. Addictions ====
 +
 +Toute femme enceinte doit être informée sur les risques de la prise de toxiques pendant la grossesse. Les premières rencontres doivent favoriser l'​alliance thérapeutique. Il faut éviter toute culpabilisation et stigmatisation. ​
 +
 +Le traitement de l'​addiction maternelle implique l'​évaluation des avantages du sevrage versus la substitution (cf. Item 45). L'​évaluation des comorbidités psychiatriques associées doit conduire vers une proposition de suivi spécialisé. ​
 +
 +A la naissance, une surveillance pédiatrique du bébé est nécessaire. Une hospitalisation en unité mère/​bébé de pédiatrie est recommandée pour prise en charge de la mère et de l'​enfant,​ accompagnement des interactions précoces et mise en place du suivi par les services de PMI et sociaux.
 +
 +==== 3.3. Précautions d'​emploi des psychotropes au cours de la grossesse ====
 +
 +Si un traitement psychotrope est indiqué, il convient d'​évaluer le rapport bénéfice/​risque devant la pathologie de la mère et les effets tératogènes de chaque molécule en sachant que tous les psychotropes traversent la barrière placentaire.
 +
 +  *Le traitement doit être prescrit à posologie efficace. ​
 +  *Les modifications pharmacocinétiques en cours de grossesse peuvent amener à augmenter la posologie.
 +  *L'​arrêt brutal d'un traitement lors de la découverte d'une grossesse peut entrainer un sevrage ou la décompensation du trouble sous-jacent,​ avec un retentissement sur le déroulement de la grossesse.
 +  *Si le traitement est poursuivi jusqu'​à l'​accouchement,​ la survenue éventuelle de troubles néonatals transitoires sera prise en compte lors de l'​examen du nouveau-né. ​
 +
 +=== 3.3.1. Les anxiolytiques ===
 +
 +L'​Oxazépam (Seresta®) et le Lorazepam (Temesta®) (benzodiazépine de demi vie courte), soit l'​Hydroxyzine** (Atarax®)** (antiH1 sédatif). ​
 +
 +=== 3.3.2. Les antidépresseurs ===
 +
 +Certains antidépresseurs peuvent être prescrit durant toute la grossesse :​ inhibiteur de recapture de la sérotonine (IRS) fluoxétine (Prozac®), sertraline (Zoloft®), citalopram (Seropram®) ou escitalopram (Seroplex®) ; ​ IRS/​Noradrénergique , [[http://​www.lecrat.org/​article.php3?​id_article=14|venlafaxine]] (Effexor®) ;​ antidépresseurs tricycliques :​ on choisira si possible la clomipramine (Anafranil®).
 +
 +Ne pas prescrire de Paroxétine Deroxat® :​ pendant le 1er trimestre. ​
 +
 +Pendant l'​Allaitement :​ certains antidépresseurs passent à de faible taux dans le lait et les concentrations sanguines chez les enfants allaités sont faibles ou indétectables :​ Inhibiteur de recapture de la sérotonine (IRS) : [[http://​www.lecrat.org/​article.php3?​id_article=1|paroxétine]] (Deroxat) et la sertraline (Zoloft®) ;​ Tricycliques :​ clomipramine (Anafranil®).
 +
 +=== 3.3.3. Les Antipsychotiques ===
 +
 +L'​halopéridol (Haldol®), la chlorpromazine (Largactil®) ou l'​olanzapine (Zyprexa®) sont les plus documentés et seront utilisés préférentiellement.
 +
 +En cas d'​inefficacité ou de mauvaise tolérance l'​utilisation de l'​amisulpride peut être envisagée.
 +
 +=== 3.3.4. Les thymorégulateurs ===
 +
 +Les thymorégulateurs les plus documentés et pouvant être prescrit chez la femme enceinte sont : La lamotrigine (Lamictal®) et L'​olanzapine (Zyprexa®). ​
 +
 +Toutes les mesures doivent être mises en oeuvre pour éviter une grossesse sous acide valproïque,​ divalproate de sodium ou valpromide (Dépakine®,​ Dépakote®,​ Dépamide®).
 +
 +L'​utilisation du lithium est possible, mais doit rester restreinte à un cadre strict de suivi multidisciplinaire obstétrical,​ psychiatrique et pédiatrique spécialisé durant toute la période périnatale.
 +
 +=== 3.3.5. Electroconvulsivothérapie ===
 +
 +La grossesse est une indication privilégiée de l'ECT devant un trouble grave de l'​humeur mais nécessite la prévention systématique d'une MAP par tocolyse IVSE après M6.
 +
 +<​note>​**Pour en savoir plus : en pratique**
 +
 +Le lithium, prescrit dans le trouble bipolaire, ne doit pas être prescrit durant la grossesse. Toutefois, des études actuelles l'​envisage durant la grossesse pour des situations bien spécifiques avec une surveillance rapprochée de patientes souffrant de troubles bipolaires sévères équilibrés sous lithium et dont l'​arrêt induirait une décompensation marquée et délétère. En l'​absence de données supplémentaires,​ il convient toutefois d'​envisager une autre molécule. Au moindre doute, consulter le site du CRAT Centre de Référence sur les Agents Tératogènes ​ www.lecrat.org,​ ou le service de pharmacovigiliance de votre établissement.</​note>​
 + 
 +===== 4. Les troubles psychiques pendant la grossesse =====
 +
 +==== 4.1. Nausées et vomissements gravidiques ====
 +
 +Les femmes présentent au cours du premier trimestre de grossesse des nausées et des vomissements dans 50% des cas, sans retentissement sur leur état général. Ces troubles disparaissent spontanément au deuxième trimestre.
 +
 +Dans certains cas, les vomissements gravidiques se majorent et/ou se pérennisent avec un retentissement à type de perte de poids, de déshydratation et de troubles hydroélectriques.
 +
 +Pour la prise en charge une hospitalisation est parfois nécessaire selon sévérité des vomissements,​ avec corrections des troubles hydroéléctriques et évaluation psychologique.
 +
 +==== 4.2. Troubles anxieux ====
 +
 +=== 4.2.1. Epidémiologie ===
 +
 +Les troubles anxieux touchent entre 5 à 15% des femmes dans la période prénatale. Ils sont plus fréquents au premier et dernier trimestre de grossesse.
 +
 +=== 4.2.2. Sémiologie psychiatrique ===
 +
 +L'​anxiété spécifique de la grossesse se définit par des inquiétudes et des préoccupations se rapportant directement à la grossesse.
 +
 +Les thèmes les plus fréquents portent sur :
 +
 +  *les modifications corporelles,​
 +  *le risque de  malformation du foetus,
 +  *l'​angoisse de l'​accouchement, ​
 +  *la capacité à s'​occuper du bébé ​
 +
 +Elle peut se manifester par une crainte permanente, des crises d'​angoisse,​ des conduites d'​évitement,​ ou de réassurance,​ des obsessions ​ des rituels, de l'​irritabilité,​ des envies alimentaires et/ou des troubles du sommeil.
 +
 +=== 4.2.3. Pronostic/​évolution ===
 +
 +Aggravation en post-partum. Risque d'​évolution vers un épisode dépressif caractérisé. ​
 +
 +=== 4.2.4. Prise en charge ===
 +
 +Accompagnement de la femme ou du couple par des méthodes de préparation à l'​accouchement (information sur le déroulement de la grossesse et de l'​accouchement,​ techniques de relaxation).
 +
 +Psychothérapie selon sévérité des troubles anxieux. ​
 +
 +Traitement anxiolytique en dernier recours.
 +
 +==== 4.3. Troubles de l'​humeur ====
 +
 +=== 4.3.1. Epidémiologie ===
 +
 +Un épisode dépressif caractérisé anténatale touche environ 10 à 20% des femmes enceintes. Les épisodes dépressifs caractérisés sévères sont rares pendant la grossesse.
 +
 +=== 4.3.2. Sémiologie psychiatrique ===
 +
 +La symptomatologie n'est pas spécifique de la grossesse, hormis la culpabilité centrée sur le fœtus et le sentiment d'​incapacité maternelle. L'​intensité de l'​épisode dépressif est le plus souvent légère ou moyenne.
 +
 +=== 4.3.3. Pronostic/​évolution ===
 +
 +Facteur de risque de complications obstétricales
 +
 +=== 4.3.4. Prise en charge ===
 +
 +Soins le plus souvent en ambulatoire avec suivi psychothérapeutique,​ se poursuivant en post-natal.
 +
 +Association avec un traitement antidépresseur et si besoin un traitement anxiolytique selon sévérité des symptômes et balance bénéfice/​risque.
 +
 +==== 4.4. Déni de grossesse ====
 +
 +=== 4.4.1. Epidémiologie ===
 +
 +Le déni de grossesse concerne environ 3 femmes enceintes sur 1000.
 +
 +=== 4.4.2. Sémiologie psychiatrique ===
 +
 +Il se définit comme le refus non volontaire de reconnaître l'​état de grossesse pendant les premiers mois et parfois jusqu'​à l'​accouchement. Il se différencie du phénomène volontaire de dissimulation que l'on peut retrouver lors de grossesse chez une adolescente ou lorsque l'​environnement est hostile à une grossesse.
 +
 +On observe une complaisance somatique, c'​est-à-dire peu de modifications corporelles au cours de l'​évolution de la grossesse.
 +
 +=== 4.4.3. Pronostic/​évolution ===
 +
 +La découverte de la grossesse est souvent fortuite
 +
 +Facteurs de risques obstétricaux par manque de suivi médical de la grossesse (retard de croissance intra-utérin,​ malformations du fœtus, accouchement dans des conditions d'​urgence…).
 +
 +=== 4.4.4. Prise en charge ===
 +
 +Surveillance psychologique de la mère et des interactions précoces mère-bébé.
 +
 +===== 5. Troubles psychiques du post partum =====
 +
 +Les complications psychiatriques sont plus nombreuses dans le post-partum que pendant la grossesse.
 +
 +==== 5.1. Le post-partum blues ====
 +
 +Il ne s'agit pas d'un état pathologique (ce n'est pas un trouble psychiatrique,​ cf. Item 59). Cependant il faut le considérer comme un facteur de risque de trouble psychiatrique du post partum lorsqu'​il est trop long ou trop sévère.
 +
 +=== 5.1.1. Épidémiologie ===
 +
 +Le post-partum blues (ou baby blues ou .syndrome du 3<​sup>​ème</​sup>​ jour) concerne selon les auteurs 30 à 80 % des accouchées. ​
 +
 +=== 5.1.2. Date de survenue en post-partum ===
 +
 +Cet état transitoire survient entre le 2<​sup>​ème</​sup>​ et le 5<​sup>​ème</​sup>​ jour après l'​accouchement,​ avec un pic au 3<​sup>​ème</​sup>​ jour. Réduit parfois à 24 heures, il dure 4 à 7 jours au maximum.
 +
 +=== 5.1.3. Sémiologie psychiatrique ===
 +
 +Il associe : anxiété, irritabilité,​ labilité émotionnelle,​ dysphorie, troubles du sommeil, fatigue et plaintes somatiques. Les crises de larmes, la susceptibilité,​ la crainte d'​être délaissée ou de ne pas pouvoir s'​occuper du bébé surprennent et déroutent l'​entourage,​ surtout lorsque l'​accouchement s'est bien déroulé. ​
 +
 +Ce tableau, relativement fréquent, est de faible intensité et ne doit pas être considéré comme pathologique,​ mais plutôt comme une phase brève d'​hypersensibilité émotionnelle. S'y ajoutent les réaménagements affectifs et cognitifs liés à l'​accouchement et au processus de "​maternalité"​.
 +
 +=== 5.1.4. Prise en charge ===
 +
 +Le post-partum blues ne nécessite pas de traitement médicamenteux. ​
 +
 +La relation avec les soignants, la mobilisation de l'​entourage,​ l'​information,​ une attitude chaleureuse et compréhensive suffisent le plus souvent pour passer sans encombre une phase considérée comme "une variation de la normale"​. ​
 +
 +Si les symptômes persistent après la première semaine ou s'​intensifient,​ on entre alors dans le cadre différent des épisodes dépressifs caractérisés du post-partum. Il est donc important de dépister le baby blues et de le surveiller.
 +
 +==== 5.2. Troubles anxieux ====
 +
 +Les symptômes anxieux peuvent être isolés ou associés à d'​autres entités cliniques du post-partum. Ils peuvent aussi être l'​expression de troubles anxieux préexistants. Le post-partum est une période propice à leur aggravation,​ en particulier concernant les troubles obsessionnels compulsifs (TOC). (Item 41 module 3)
 +
 +Certains tableaux cliniques présentent des spécificités :​
 +
 +  *Les phobies d'​impulsion sont des angoisses de passage à l'acte à l'​égard du bébé, qui peuvent aller jusqu'​à la phobie d'​infanticide. La mère reconnaît le caractère déraisonnable de ses pensées.
 +  *Un état de stress post-traumatique peut marquer les suites d'un accouchement ayant eu lieu en urgence et/ou avec des complications obstétricales. ​
 +
 +==== 5.3. Troubles de l'​humeur ====
 +
 +=== 5.3.1. Épidémiologie ===
 +
 +Ils concernent 10 à 20 % des femmes. ​
 +
 +Souvent il s'agit du premier épisode dépressif caractérisé. ​
 +
 +Ce sont en majorité des épisodes dépressifs caractérisés d'​intensité légère à modérée sans caractéristique psychotique. Ils représentent un problème de santé publique de par leur fréquence, leur diagnostic difficile et les risques graves encourus par la mère et le bébé.
 +
 +=== 5.3.2. Date de survenue en post-partum ===
 +
 +Le diagnostic d'​épisode dépressif caractérisé du post-partum peut être envisagé soit en cas de prolongation des symptômes du post-partum blues au-delà de 7 jours, soit dans l'​année suivant l'​accouchement,​ le plus souvent dans les 3 à 6 semaines.
 +
 +=== 5.3.3. Sémiologie psychiatrique ===
 +
 +**Episode dépressif caractérisé du post-partum sans caractéristique psychotique**
 +
 +  *Humeur triste, avec un sentiment de découragement et d'​incapacité concernant la fonction maternelle, ​
 +  *Plaintes somatiques insistantes (céphalées,​ douleurs abdominales), ​
 +  *Anxiété importante s'​exprimant surtout par des phobies d'​impulsion,​ des craintes de faire du mal au bébé, et un évitement du contact avec celui-ci,
 +  *Forte culpabilité (« j'​ai tout pour être heureuse ») avec minimisation des troubles, voir dissimulation à l'​entourage,​
 +  *Manifestations devant alerter sur une possible souffrance psychique du bébé : troubles du comportement (agitation, apathie), retard du développement psychomoteur,​ troubles fonctionnels (sommeil, alimentation) et pathologies médicales non psychiatriques (coliques),
 +  *Troubles des interactions mère bébé (item 32 module 3)
 +
 +**Episode dépressif caractérisé du post-partum avec caractéristique psychotique :​**
 +
 +  *A la symptomatologie de l'​épisode dépressif précédente s'​associe des idées délirantes dont le thème est centré sur le bébé (idée de substitution,​ d'​empoisonnement,​ d'​envoûtement) ou sur la filiation (négation du couple, de la maternité).
 +  *Le risque suicidaire ou le risque d'​infanticide doivent être rigoureusement évalués. ​
 +  *Le diagnostic différentiel est la psychose puerpérale.
 +
 +=== 5.3.4. Pronostic/​évolution ===
 +
 +Un épisode dépressif caractérisé du post partum est un facteur de risque de récidive dépressive au décours d'une nouvelle grossesse ainsi qu'en dehors de la perinatalité. Parfois, un épisode dépressif caractérisé du post-partum est la première manifestation d'un trouble bipolaire qui justifiera d'une prophylaxie spécifique.
 +
 +L'​impact des troubles dépressifs du post-partum sur le développement psychique de l'​enfant n'est pas négligeable lorsque le trouble n'est pas identifié et  soigné. La mère doit donc être prise en charge afin que l'​épisode ne se prolonge pas et que les interactions précoces évoluent dans les meilleures conditions.
 +
 +Critères DSM = critères de l'​épisode dépressif caractérisé (cf. Item 64)
 +
 +=== 5.3.5. Prise en charge ===
 +
 +== Prévention ==
 +
 +Il s'agit de femmes qui, si elles ne viennent pas aux consultations prévues, doivent impérativement être rappelées et soutenues. Une attitude ferme, ni dramatisante ni moralisatrice est éthiquement justifiée. Ici, comme souvent la qualité des échanges et des liens entre l'​équipe obstétricale le médecin généraliste et les psychiatres joue un rôle majeur. ​
 +
 +**Il est primordial de repérer un épisode dépressif caractérisé du post-partum le plus tôt possible.**
 +
 +La prise en charge des difficultés sociales est une autre nécessité. Le recours aux services sociaux devra éventuellement être déclenché même si l'​intéressée banalise la situation. ​
 +
 +== Traitement ==
 +
 +  *Psychothérapie selon 2 axes : psychothérapie individuelle pour la mère et consultations thérapeutiques mère bébé
 +  *Chimiothérapie par antidépresseur +/- anxiolytique
 +  *Arrêt de l'​allaitement conseillé
 +  *Sismothérapie indiquée devant un tableau mélancolique
 +  *Suivi ambulatoire pluridisciplinaire (psychiatre,​ pédopsychiatre,​ pédiatre, médecin généraliste et service de la protection maternelle infantile (PMI).
 +
 +== Hospitalisation ==
 +
 +Il est à noter que dans les cas de troubles dépressifs sévères du post-partum,​ le recours à une unité d'​hospitalisation conjointe mère enfant est actuellement recommandé. Une hospitalisation en milieu spécialisé doit éventuellement être imposée. En cas de défaillance maternelle grave ou en cas de danger immédiat pour le bébé, la mère doit être séparée de son bébé. Les contacts mère-bébé sont réinstaurés dès que possible et médiatisés par des soignants.
 +
 +==== 5.4. Episode psychotique bref du post partum = psychose du post-partum = psychose puerpérale ====
 +
 +=== 5.4.1. Epidémiologie ===
 +
 +Elle concerne 1 à 2 naissances sur 1000.
 +
 +=== 5.4.2. Date de survenue en post-partum ===
 +
 +Elle débute le plus souvent de façon brutale, dans les 4 premières semaines après l'​accouchement,​ avec un pic de fréquence au 10<​sup>​ème</​sup>​ jour.
 +
 +=== 5.4.3. Sémiologie psychiatrique ===
 +
 +  *Un post-partum blues sévère avec éléments de confusion ou de bizarrerie est souvent prodromique. ​
 +  *Etat d'​agitation associé à des troubles thymiques et des éléments confusionnels,​ marqué par une labilité des symptômes
 +  *Idées délirantes de mécanismes polymorphes et de thématique centrée sur la maternité, l'​accouchement,​ le bébé ou le conjoint
 +  *Manifestations thymiques marquées par une alternance de phases mélancoliques et de phases maniaques avec agitation
 +  *Syndrome confusionnel avec désorientation temporo-spatiale,​ perturbation du rythme veille-sommeil
 +  *Risque majeur suicidaire ou d'​infanticide.
 +
 +Penser aux diagnostics différentiels :​ la thrombophlébite cérébrale,​ la rétention placentaire,​ les infections, la prise de toxiques ou de médicaments.
 +
 +=== 5.4.4. Pronostic/​évolution ===
 +
 +  *Dans 70% des cas, l'​accès restera isolé
 +  -20% à 30% de récidives au décours de grossesses ultérieures
 +  *Dans 10% des cas, évolution vers un trouble psychiatrique chronique (schizophrénie ou trouble bipolaire).
 +
 +<​note>​
 +**Pour en savoir plus : Critères DSM  IV-TR = critères d'​épisode psychotique bref :**
 +
 +  * A. Présence d'un (ou plus) des symptômes suivants :
 +    - idées délirantes
 +    - hallucinations
 +    - discours désorganisé
 +    - comportement grossièrement désorganisé ou catatonique
 +  * B. Au cours d'un épisode, la perturbation persiste au moins 1 jour, mais moins d' l mois, avec retour complet au niveau de fonctionnement pré morbide.
 +  * C. La perturbation n'est pas mieux expliqué par un Trouble de l'​humeur avec caractéristiques psychotiques,​ un Trouble schizo affectif,ou une Schizophrénie et n'est pas due aux effets physiologiques directs d'une substance (p. ex., une substance donnant lieu à abus, un médicament) ou d'une affection médicale générale.
 +
 +//​**Spécification **//:
 +
 +  ***Avec facteur(s) de stress marqué(s) **(psychose réactionnelle brève) : si les symptômes surviennent peu de temps après — et apparemment en réaction à— des évènements qui, isolement ou réunis, produiraient un stress marqué chez la plupart des sujets dans des circonstances similaires et dans la même culture.
 +  ***Sans facteur de stress marqué : **si les symptômes psychotiques //ne surviennent pas //peu de temps après — ou ne sont pas apparemment réactionnels à— des évènements qui, isolement ou réunis, produiraient un stress marqué chez la plupart des sujets dans des circonstances similaires et dans la même culture.
 +  ***Avec début lors du post-partum : **si les symptômes surviennent dans les 4 semaines du post-partum.
 +</​note>​
 +
 +=== 5.4.4. Prise en charge ===
 +
 +== Hospitalisation ==
 +
 +  *Un épisode psychotique bref du post partum est une urgence thérapeutique.
 +  *La patiente doit être hospitalisée en urgence en milieu spécialisé,​ avec ou sans son consentement
 +  *Assurer la sécurité du bébé
 +  *Chimiothérapie par antipsychotique atypique +/- anxiolytique
 +  *Arrêt de l'​allaitement
 +  *Sismothérapie indiquée en fonction de la gravité de la symptomatologie,​ du risque suicidaire et d'​infanticide.
 +  *Suivi ambulatoire pluridisciplinaire (psychiatre,​ pédopsychiatre,​ pédiatre, médecin généraliste et service de la protection maternelle infantile (PMI), avec psychothérapie individuelle pour la mère et consultations thérapeutiques mère bébé, dès la sortie de l'​hospitalisation.
 +
 +===== Résumé =====
 +
 +<note important>​Les **facteurs de risques** de troubles psychiques de la grossesse et du post-partum sont liés au **terrain** et/ou aux **antécédents de la patiente**. Ils doivent être repérés pendant le suivi de la grossesse et au décours de l'​accouchement. Les troubles psychiatriques sont plus **fréquents** lors du post-partum que lors de la grossesse. Il s'agit principalement des **épisodes dépressifs caractérisés** et plus rarement des **épisodes psychotiques brefs du post-partum**,​ avec un risque de **suicide** et/ou d'​**infanticide**. Les soins débutent au cours de la période anténatale et se poursuivent au cours de la période post-natale. Ils se font en réseau selon une prise en charge **pluridisciplinaire**. Les troubles psychiatriques maternels retentissent sur les **interactions précoces** entre la mère et le bébé. L'​attention et les soins apportés à ces premiers échanges permettent de prévenir l'​apparition de troubles psychiques chez le bébé.</​note>​
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sides/ref/psy/item_67.txt · Dernière modification: 30/04/2018 13:55 (modification externe)