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Item 74 - Addiction à l'alcool

Points clefs

  • La prévalence de l'alcoolo-dépendance est estimée à 3% de la population générale.
  • L'espérance de vie est réduite de 20 ans chez les patients dépendants à l'alcool.
  • La dépendance est le fait de la rencontre entre une personne, un produit et un environnement.
  • Parmi les patients qui présentent une dépendance à l'alcool, 5% présentent une dépendance à une autre substance (cannabis, cocaïne et l'héroïne).
  • Le sevrage de l'alcool peut être réalisé en ambulatoire ou lors d'une hospitalisation.
  • La motivation du patient est un élément central du succès de la prise en charge.

1- Introduction

L'alcoolo-dépendance, pathologie complexe et hétérogène, pose un problème majeur de Santé Publique.

Les approches cliniques actuelles de la dépendance à l'alcool sont issues des descriptions de Edwards et de Gross en 1976 qui ont proposé sept caractéristiques du syndrome de dépendance à l'alcool (fixation progressive des modalités de consommation de l'alcool, prééminence des comportements de recherche de l'alcool, augmentation de la tolérance, évitement du sevrage, sentiment subjectif d'une compulsion à boire, symptômes de sevrage récurrents, réinstallation au décours de l'abstinence) et de celles du groupe d'experts de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) en 1978 qui a proposé de remplacer le terme « alcoolisme » par celui de « syndrome de dépendance alcoolique ».

Radouco-Thomas et al, en 1979, et Schuckit, en 1985, distinguent dans une perspective épidémiologique et clinique deux formes d'alcoolisme : l'alcoolisme primaire et l'alcoolisme secondaire.

L'alcoolisme primaire, qui représenterait 70% des formes d'alcoolisme, regroupe les formes où l'alcoolisme est le premier trouble installé chez le sujet.

L'alcoolisme secondaire, qui représenterait 30% des formes d'alcoolisme, se définit par une conduite alcoolique secondaire à un trouble psychiatrique ou à un trouble de la personnalité.

Cette classification a des conséquences sur la prise en charge thérapeutique des patients.

Dans le cadre d'un alcoolisme primaire la prise en charge est centrée sur la conduite alcoolique. Dans le cadre d'un alcoolisme secondaire, la prise en charge est double : axée sur la conduite alcoolique et sur le trouble antérieur à l'alcoolisation qui a favorisé et a contribué au maintien de la conduite alcoolique.

Grâce à ces travaux, les classifications internationales (DSM-IV-TR et CIM-10) distinguent le syndrome de dépendance à l'alcool de l'abus (DSM-IV-TR) ou de l'usage nocif d'alcool (CIM-10) (cf. item addiction au tabac, chapitre « pour comprendre »).

2- Epidémiologie

L'alcool est la substance psychoactive la plus consommée en population générale adulte et la plus consommée à l'âge de 17 ans.

La consommation d'alcool pur est de 11,8 litres d'alcool pur par habitant et par an en 2012 (elle était estimée à 27,4 en 1960).

La première ivresse a lieu en moyenne à l'âge de 15 ans.

On estime à 10 millions le nombre de personnes qui en consomment au moins à 3 reprises par semaine et à 6 millions le nombre de personnes qui en consomment tous les jours.

Le nombre de consommateurs à risque est de 5 millions.

Sur les 18-75 ans, 10% sont considérés comme ayant ou ayant eu un usage problématique d'alcool.

La prévalence de l'alcoolo-dépendance est estimée à 3% de la population générale. La prédominance masculine est nette. Les poly-dépendances à d'autres substances psychoactives sont fréquentes.

Au niveau mondial, l'alcool est le 3ème facteur de risque de morbidité, après l'hypertension et le tabac.

L'espérance de vie est réduite de 20 ans chez les patients dépendants à l'alcool.

En France, l'alcoolo-dépendance est la deuxième cause de décès évitable, après le tabac. 22000 décès sont directement liés à la consommation d'alcool.

La dépendance est le fait de la rencontre entre une personne, un produit et un environnement.

Les déterminants individuels comprennent des facteurs psychologiques, de personnalité et génétiques.

Les caractéristiques liées au produit sont ses potentialités toxicomanogènes (ses capacités à induire une dépendance), les quantités consommées, les durées et les modes de consommation.

Les déterminants environnementaux sont les facteurs d'exposition à un produit mais surtout le moment socioculturel.

La dépendance est une conduite d'alcoolisation caractérisée par la perte de la maîtrise de la consommation. Elle ne se définit donc ni par rapport à un seuil ou une fréquence de consommation, ni par l'existence de dommages induits.

3- Sémiologie psychiatrique

3-1- Intoxication alcoolique aigue

L'intoxication alcoolique aigue (ivresse) constitue un mésusage d'alcool, témoigne de la neurotoxicité de l'éthanol et représente une urgence médicale car elle peut associer des troubles du comportement et des complications médicales ou chirurgicales.

Elle peut entraîner, entre autres, des perturbations de la conscience, des facultés cognitives, de la perception, du jugement, de l'affect ou du comportement.

Le diagnostic est le plus souvent basé sur des éléments de l'anamnèse et de l'examen clinique.

On distingue l'ivresse simple, les ivresses pathologiques et les ivresses compliquées.

L'ivresse simple se caractérise par la présence d'une haleine caractéristique (œnolique), de l'injection des conjonctives, d'une logorrhée, d'une déshinibition, d'un comportement pouvant être agressif, d'une dysarthrie, d'une incoordination motrice, d'un temps de réaction allongé, de troubles de l'équilibre.

Les ivresses pathologiques peuvent être :

  • Excito-motrice avec, à des degrés divers, impulsivité et possibilité de crises clastiques avec auto et/ou hétéro-agressivité.
  • Délirante avec présence d'un délire de persécution, de jalousie ou de grandeur et/ou d'hallucinations.
  • Dépressive ou hypomaniaque.
  • Convulsivante avec crise convulsive chez un sujet prédisposé.

Les ivresses sont dites compliquées lorsqu'elles sont associées à un traumatisme crânien, à des polytraumatismes voire à d'autres intoxications.

Le coma alcoolique (souvent lorsque l'alcoolémie est supérieure à 3g/l) peut associer :

  • Des signes neurologiques : coma calme, hypotonique sans signes neurologiques de localisation, mydriase bilatérale et symétrique.
  • Des signes respiratoires : dépression respiratoire avec risque d'anoxie.
  • Des signes circulatoires : hypotension artérielle, bradycardie, collapsus cardio-vasculaire.
  • Une hypothermie.

Dans ce contexte de coma alcoolique, il faudra rechercher une hypoglycémie, une acidocétose et une hyponatrémie car ces troubles peuvent engager le pronostic vital.

3-2- Intoxication alcoolique chronique et complications

Les signes cliniques d'imprégnation chronique sont non spécifiques mais peuvent constituer des signes d'alerte : varicosités faciales, injection conjonctivale, trémulations des extrémités, hypersudation, parotidomégalie, tachycardie, hypertension artérielle systolique, hépatomégalie, polynévrite, irritabilité.

Complications d'une intoxication alcoolique chronique (liste non exhaustive) :

Neurologiques

Encéphalopathies

  • Encéphalopathie de Gayet-Wernicke

Due le plus souvent à une carence en vitamine B1. Elle peut associer un syndrome confusionnel, des signes oculomoteurs, un syndrome cérébelleux statique et une hypertonie oppositionnelle.

  • Encéphalopathie hépatique

Tableau de confusion mentale associée à un astérixis.

  • Encéphalopathie pellagreuse

Due à une carence en vitamine PP.

Le syndrome de Korsakoff

Conséquence d'une encéphalopathie de Gayet-Wernicke. Il associe une amnésie antérograde, des fausses reconnaissances, des fabulations, une anosognosie et une désorientation temporo-spatiale.

Encéphalopathie de Marchiafava-Bignami

L'épilepsie

Le plus souvent généralisée.

Polyneuropathies sensitivo-motrices

Association de crampes nocturnes, de douleurs à pression des mollets, d'une hypoesthésie et d'une aréflexie achilléenne.

Neuropathie optique

Myopathies

Atrophie cérébelleuse

Hépato-gastro-entérologiques

  • Hépatite alcoolique aiguë
  • Stéatose hépatique
  • Cirrhose hépatique
  • Pancréatite aiguë, pancréatite chronique

Cardiovasculaires

  • HTA
  • Troubles du rythme
  • Cardiomyopathies

Rhumatologiques

  • Nécrose de la tête fémorale

Traumatiques

  • Traumatismes crâniens
  • Hématomes cérébraux
  • Hémorragies cérébrales ou méningées

Carcinologiques

  • Cancer épidermoïde de l'œsophage
  • Cancer du pancréas

Hématologiques

Par toxicité directe, liées à l'hépatopathie alcoolique ou aux carences nutritionnelles

  • Leucopénie, thrombopénie, anémie

Endocrinologiques

  • Hypoglycémies

Obstétricales

  • Syndrome d'alcoolisation fœtal : risque d'accoucher de nourrissons souffrant d'une dysmorphie et d'un retard mental

4- Le trouble psychiatrique

4-1- Diagnostics positifs

Pour rappel, l'usage correspond à toute conduite d'alcoolisation ne posant pas de problème pour autant que la consommation reste modérée, c'est-à-dire inférieure ou égale aux seuils définis par l'Organisation Mondiale pour la Santé (OMS) et prise en dehors de toute situation à risque ou de risque individuel particulier.

Les seuils définis par l'OMS sont les suivants :

- Jamais plus de 4 verres par occasion pour l'usage ponctuel.

- Pas plus de 21 verres par semaine pour l'usage régulier chez l'homme (3 verres/jour en moyenne).

- Pas plus de 14 verres par semaine pour l'usage régulier chez la femme (2 verres/jour en moyenne).

- S'abstenir au moins un jour par semaine de toute consommation d'alcool.

L'unité de mesure est le verre standard qui correspond à un verre contenant 10 grammes d'alcool pur.

Exemples : une bière de 33cl (5%) = un ballon de vin de 100 ml (12%) = un verre de spiritueux de 30 ml (40%) = 10 grammes d'alcool pur.

4-1-1- Diagnostic d'abus d'alcool (critères DSM-IV-TR)

Cf. item addiction au tabac, chapitre « Introduction »

4-1-2- Diagnostic de dépendance à l'alcool (critères DSM-IV-TR)

Cf. item addiction au tabac, chapitre « Introduction »

4-1-3- Diagnostic de syndrome de sevrage de l'alcool (critères DSM-IV-TR)

A. Arrêt ou réduction d'une utilisation d'alcool qui a été massive et prolongée.

B. Au moins deux des manifestations suivantes se développent de quelques heures à quelques jours après le critère A :

- Hyperactivité neurovégétative

- Augmentation du tremblement des mains

- Insomnie

- Nausées ou vomissements

- Hallucinations ou illusions transitoires visuelles, tactiles ou auditives

- Agitation psychomotrice

- Anxiété

- Crise convulsive de type « grand mal »

C. Les symptômes du critère B causent une souffrance cliniquement significative ou une altération du fonctionnement social, professionnel, ou dans d'autres domaines importants.

D. Les symptômes ne sont pas dus à une affection médicale générale, et ne sont pas mieux expliqués par un autre trouble mental.

Des accidents de sevrage peuvent survenir et justifient une hospitalisation :

  • Le délirium tremens (DT)

Les signes de début doivent être dépistés (signes de sevrage) : sueurs, tremblement d'attitude des mains, de la bouche, de la langue, cauchemars, insomnie, irritabilité, anxiété.

En l'absence de traitement, il y aura la manifestation d'un syndrome confusionnel avec :

  • Agitation.
  • Propos incohérents.
  • Délire onirique avec vécu délirant intense.
  • Inversion du rythme nycthéméral.
  • Hallucinations multiples, surtout visuelles avec zoopsies.
  • Scènes d'agression qui peuvent être la cause d'agressivité et de réactions de frayeur chez le patient.

Les signes physiques associent fièvre, sueurs profuses, déshydratation, modification de la tension, tachycardie, troubles du rythme. Des crises d'épilepsie, un état de mal peuvent survenir et constitueront des signes de gravité.

  • Les crises convulsives

Elles sont caractérisées par leur début précoce (dans les 48 heures suivant la diminution ou l'arrêt de l'alcool). Il s'agit le plus souvent de crises généralisées tonico-cloniques.

Les autres causes de crises convulsives à éliminer peuvent être :

  • Une hypoglycémie.
  • Une hyponatrémie.
  • Une cause infectieuse (infection cérébrale ou méningée).
  • Une intoxication médicamenteuse.
  • Un accident vasculaire cérébral ischémique ou hémorragique.

5- Comorbidités médicales psychiatriques

L'association entre la dépendance à l'alcool et les troubles anxieux et dépressifs est fréquente.

Ces troubles peuvent être primaires (avant l'installation du comportement à risque et de la dépendance) ou secondaires. L'anamnèse ainsi que le sevrage pourront permettre de préciser le caractère de ces troubles.

Le trouble bipolaire est 4 fois plus fréquent chez les patients alcoolo-dépendants par rapport à la population générale.

20% à 50% des patients souffrant de schizophrénie présentent une dépendance ou une utilisation abusive d'alcool.

L'association entre addiction à l'alcool et addiction à d'autres substances est fréquente. On note vingt fois plus d'abus d'autres substances chez les personnes dépendantes à l'alcool que dans la population générale.

Parmi les patients qui présentent une dépendance à l'alcool, 5% présentent une dépendance à une autre substance (cannabis, cocaïne et l'héroïne).

6- Notions de physiopathologie

L'éthanol est une substance neurotoxique et les systèmes de neurotransmission sur lesquels il agit sont nombreux. Malgré la simplicité chimique de cette molécule, elle exerce des effets et des actions biologiques et comportementales complexes.

L'absorption de l'éthanol se fait par diffusion passive à travers la muqueuse gastrique et celle de l'intestin grêle. La distribution est rapide pour tous les organes très vascularisés et l'élimination se fait pour 90 à 95% par voie métabolique, le reste de l'éthanol étant éliminé sous forme inchangée par les poumons.

Le métabolisme est essentiellement hépatique (90%).

L'éthanol perturbe les systèmes de neurotransmission en agissant sur la configuration spatiale des récepteurs et donc en modifiant leur affinité. Les différents systèmes de neurotransmission perturbés sont les systèmes cholinergique, sérotoninergique, dopaminergique, GABAergique, celui des acides aminés excitateurs et des neuropeptides.

La consommation d'éthanol joue un rôle important dans les phénomènes d'appétence, de motivation et de décision en agissant sur le système de récompense. L'arrivée d'un signal annonçant une récompense, après un traitement sensoriel par le cortex modifie l'activité de certains neurones de l'aire tegmentale ventrale qui libèrent de la dopamine vers le noyau accumbens et vers le cortex préfrontal.

7- La prise en charge psychiatrique

7-1- Stratégies de prévention

En France, les campagnes gouvernementales de prévention n'apparaissent qu'à la fin des années 1960.

Elles mettent en avant les risques sanitaires et sociaux d'une consommation excessive d'alcool. C'est devenu une maladie qu'il a fallu progressivement essayer de comprendre et de prendre en charge. L'approche clinique garde une place prépondérante dans cette démarche.

Le repérage des consommateurs excessifs ou à risque est donc très important même si les patients ne consultent pas pour ce problème. Il devrait être effectué chez tous les patients, régulièrement, par une anamnèse portant sur la quantité et la fréquence moyenne hebdomadaire de la consommation d'alcool : la consommation déclarée d'alcool (CDA : nombre d'occasions par semaine et nombre de verres par occasion).

Des questionnaires de dépistage peuvent aider les praticiens comme le questionnaire AUDIT (Alcohol Use Disorders Identification Test) ou le questionnaire DETA (Diminuer Entourage Trop Alcool).

Les marqueurs biologiques (gammaglutamyl-transférases (GGT), Carbohydrate Deficient Transferrin (CDT)) n'ont pas d'utilité en repérage de routine chez des personnes asymptomatiques.

Ils sont utiles pour le suivi de l'évolution de la consommation du patient. La CDT permet de repérer un usage supérieur à plus de six verres d'alcool par jour.

Questionnaire AUDIT

1. Quelle est la fréquence de votre consommation d'alcool ?

Jamais 0

Une fois par mois ou moins 1

2 à 4 fois par mois 2

2 à 3 fois par semaine 3

Au moins 4 fois par semaine 4

2. Combien de verres contenant de l'alcool consommez-vous un jour typique où vous buvez ?

3 ou 4 1

5 ou 6 2

7 ou 8 3

10 ou plus 4

3. Avec quelle fréquence buvez-vous six verres ou davantage lors d'une occasion particulière ?

Jamais 0

Moins d'une fois par mois 1

Une fois par mois 2

Une fois par semaine 3

Tous les jours ou presque 4

4. Au cours de l'année écoulée, combien de fois avez-vous constaté que vous n'étiez plus capable de vous arrêter de boire une fois que vous aviez commencé ?

Jamais 0

Moins d'une fois par mois 1

Une fois par mois 2

Une fois par semaine 3

Tous les jours ou presque 4

5. Au cours de l'année écoulée, combien de fois votre consommation d'alcool vous a-t-elle empêché de faire ce qui était normalement attendu de vous ?

Jamais 0

Moins d'une fois par mois 1

Une fois par mois 2

Une fois par semaine 3

Tous les jours ou presque 4

6. Au cours de l'année écoulée, combien de fois avez-vous eu besoin d'un premier verre pour pouvoir démarrer après avoir beaucoup bu la veille ?

Jamais 0

Moins d'une fois par mois 1

Une fois par mois 2

Une fois par semaine 3

Tous les jours ou presque 4

7. Au cours de l'année écoulée, combien de fois avez-vous eu un sentiment de culpabilité ou des remords après avoir bu ?

Jamais 0

Moins d'une fois par mois 1

Une fois par mois 2

Une fois par semaine 3

Tous les jours ou presque 4

8. Au cours de l'année écoulée, combien de fois avez-vous été incapable de vous rappeler ce qui s'était passé la soirée précédente parce que vous aviez bu ?

Jamais 0

Moins d'une fois par mois 1

Une fois par mois 2

Une fois par semaine 3

Tous les jours ou presque 4

9. Avez-vous été blessé ou quelqu'un d'autre a-t-il été blessé parce que vous aviez bu ?

Non 0

Oui, mais pas au cours de l'année écoulée 2

Oui, au cours de l'année 4

10. Un parent, un ami, un médecin ou un autre soignant s'est-il inquiété de votre consommation d'alcool ou a-t-il suggéré que vous la réduisiez ?

Non 0

Oui, mais pas au cours de l'année écoulée 2

Oui, au cours de l'année 4

Interprétation

Un score supérieur ou égal à 8 chez l'homme et à 7 chez la femme est évocateur d'un mésusage actuel d'alcool

Un score supérieur à 12 chez l'homme et supérieur à 11 chez la femme serait en faveur d'une dépendance à l'alcool

Questionnaire DETA

DETA = Diminuer Entourage Trop Alcool

1. Avez-vous déjà ressenti le besoin de Diminuer votre consommation de boissons alcoolisées ?

2. Votre Entourage vous a-t-il déjà fait des remarques au sujet de votre consommation ?

3. Avez-vous déjà eu l'impression que vous buvez Trop ?

4. Avez-vous déjà eu besoin d'Alcool dès le matin pour vous sentir en forme ?

Interprétation

Deux réponses positives (ou plus) font suspecter un problème de santé avec l'alcool et légitiment un entretien clinique (usage nocif ou alcoolo-dépendance).

7-2- Prise en charge de l'ivresse aigue et des complications de sevrage

7-2-1- Prise en charge de l'ivresse aigue

L'ivresse aigue est une urgence médicale. Après la recherche de signes de gravités immédiats, l'examen clinique doit être complet.

Le mot d'ordre est d'éliminer une pathologie intercurrente comme une hypoglycémie, une intoxication avec d'autres substances, des hématomes intracrâniens ou des hémorragies méningées.

Selon le type d'ivresse, une hospitalisation en unité d'hospitalisation de courte durée voire en réanimation peut s'avérer nécessaire.

7-2-2- Prise en charge des complications de sevrage

  • Le DT :
    • Hospitalisation en réanimation, examen clinique complet.
    • Chambre éclairée, calme, passage régulier des soignants à visée de réassurance.
    • Réhydratation intraveineuse et correction des troubles hydro-électrolytiques.
    • Traitements vitaminique et sédatif (diazépam ou oxazépam).
  • Les crises convulsives :
    • Le traitement reste celui du sevrage.
    • Une crise convulsive unique de sevrage ne justifie pas un traitement anti-comitial.

7-3- Modalité de sevrage

Les structures de prise en charge en alcoologie sont :

  • Les structures de suivi ambulatoire, les structures d'hospitalisation, les structures de postcure et les structures de soins de suite (hôpitaux de jour).

Le sevrage de l'alcool peut être réalisé en ambulatoire ou lors d'une hospitalisation.

Le sevrage ambulatoire est réalisé le plus souvent sous la surveillance médicale du médecin traitant.

Les unités de soins alcoologiques à temps plein ont pour but au-delà du sevrage, d'aider le patient à acquérir les moyens de maintenir son abstinence dans de bonnes conditions et à évoluer vers une meilleure qualité de vie. Elles proposent des programmes thérapeutiques allant de quelques semaines jusqu'à quelques mois.

Les équipes sont pluridisciplinaires et sont composées de médecins alcoologues, médecins psychiatres, infirmiers, assistants sociaux, psychologues, diététiciens, ergothérapeutes, animateurs, éducateurs, secrétaires.

Le sevrage comprend :

  • Un arrêt de l'intoxication alcoolique associé à une réhydratation orale (2 à 3l/24h).
  • Une correction des troubles hydro-électrolytiques.
  • Une sédation par benzodiazépines (diazépam ou oxazépam) jusqu'à disparition des symptômes de sevrage et avec décroissance progressive.
  • Une vitaminothérapie B1, B6, PP.

Avant un sevrage et durant la prise en charge, les motivations et les objectifs du patient sont évalués lors d'entretiens motivationnels.

7-4- Prise en charge au long cours

7-4-1- Les traitements médicamenteux

Des traitements médicamenteux peuvent aider au maintien de l'abstinence : l'acamprosate, la naltréxone, le disulfiram et le baclofène.

L'acamprosate permet de normaliser la dérégulation du glutamate médiée par le NMDA. Ce mécanisme d'action permet de réduire le craving « négatif » lié au stress.

La naltrexone est un antagoniste opioïde qui diminue les effets de récompense de la consommation d'alcool.

Le disulfiram est un inhibiteur de l'acétaldéhyde-déshydrogénase, ce qui entraîne une élévation de la concentration en acétaldéhyde. Il provoque ainsi un effet antabuse (bouffées de chaleur, nausées, vomissements, tachycardie, sensation de malaise).

Le baclofène est un agoniste du récepteur GABA-B utilisé dans les troubles neurologiques spastiques. Plusieurs études ont montré son efficacité dans la réduction des consommations, dans le maintien de l'abstinence et la réduction du taux de rechute. Cette molécule fait actuellement l'objet d'une recommandation temporaire d'utilisation (RTU).

7-4-2- Mesures associées

La consommation excessive et chronique d'alcool est un facteur de risque de désocialisation et de précarité. La prise en charge est médico-psycho-sociale.

  • La motivation du patient est un élément central du succès du traitement.
  • On a recours à la mise en place de psychothérapies individuelle (type TCC), de groupe pour permettre au patient d'utiliser des stratégies cognitives et des aptitudes comportementales contribuant à favoriser le succès de la prise en charge.
  • L'inclusion, à la prise en charge, de membres de la famille peut être un élément supplémentaire dans l'aide apportée au patient.
  • Une prise en charge sociale est mise en place.
  • Le patient peut être orienté vers les associations d'anciens buveurs (Alcooliques Anonymes, Vie Libre).

Résumé

L'alcoolo-dépendance est une pathologie complexe et hétérogène qui pose un problème majeur de Santé Publique.

L'alcool est la substance psychoactive la plus consommée en population générale adulte.

La consommation d'alcool pur est de 11,8 litres d'alcool pur par habitant et par an en 2012.

La dépendance est une conduite d'alcoolisation caractérisée par la perte de la maîtrise de la consommation. Elle ne se définit donc ni par rapport à un seuil ou une fréquence de consommation, ni par l'existence de dommages induits.

L'intoxication alcoolique aigue (ivresse) représente une urgence médicale. On distingue l'ivresse simple, les ivresses pathologiques et les ivresses compliquées.

Des accidents de sevrage peuvent survenir et justifier une hospitalisation (DT, crises convulsives).

Le repérage des consommateurs excessifs ou à risque devrait être effectué chez tous les patients, régulièrement, par une anamnèse portant sur la quantité et la fréquence moyenne hebdomadaire de la consommation d'alcool.

Avant un sevrage et durant la prise en charge, les motivations et les objectifs du patient sont évalués lors d'entretiens motivationnels.

Le sevrage de l'alcool peut être réalisé en ambulatoire ou lors d'une hospitalisation.

La prise en charge au long cours est pluridisciplinaire.

Références pour en savoir plus

  • DSM-IV-TR, DSM-V
  • CIM-10
  • sfalcoologie.asso.fr
  • Lejoyeux, M. Addictologie. (Elsevier Health Sciences, 2013).
  • Corcos, M., Flament, M. & Jeammet, P. Les conduites de dépendance: dimensions psychopathologiques communes. (Masson, 2003).
  • Royer-Collard, H.-L. De l'usage et de l'abus des boissons fermentées et distillées. (A. Guyot, 1838).
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