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4. Organisation du prelevement d'organe chez un patient en mort encéphalique

En France, le nombre de patients recensés en ME est proche de 3000, mais seuls 50 % seront prélevés. La principale cause est l’opposition recueillie auprès des proches, que ce soit la leur ou celle du défunt.

Autorisation de prélèvements des établissements de santé (ES)

Les prélèvements d’organes et de tissus ne sont réalisés que dans les hôpitaux ayant une autorisation, renouvelable tous les 5 ans: elle repose sur un ensemble d’arguments démontrant la possibilité de prise en charge en réanimation du donneur, de réalisation du diagnostic clinique et paraclinique de ME et de prélèvements. En raison d’une forte pénurie d’organes face à la demande de greffes, l’ABM a été créée et organisée au plan national et régional.

Au plan local, la création des coordinations de prélèvements organisées en réseaux permet à la plupart des hôpitaux (publics et privés) d’être impliqués dans l’activité de prélèvements : c’est une mission obligatoire de santé publique. L'activité des coordinations hospitalières comporte le recensement des patients en ME, la réalisation des prélèvements d’organes et de tissus, l’enseignement, la formation des soignants.

Prélèvements d’organes et de tissus en cas de décès par ME

Conditions légales et médicales de prélèvements

Le prélèvement ne peut s'organiser qu’une fois le diagnostic clinique et paraclinique de ME établi: le procès-verbal de l’EME est signé par deux médecins, la date et l’heure de l’examen paraclinique sont celles du décès. La cause du décès doit être connue afin d’éliminer toute situation à risque contaminant.

Par ailleurs, il convient de s'assurer préalablement à une procédure de don d'organe de l'absence d'opposition de la part du procureur de la République en cas de mort violente ou suspecte, du respect de la législation en cas de mineurs ou majeurs sous tutelle et d'éliminer toute situation de contre-indication médicale d'office à un prélèvement d'organes (hémopathies malignes, tumeurs malignes…).

L’identité du patient en ME doit être connue sinon l’interrogation du RNR est impossible. Il faut donc s’efforcer de la rechercher rapidement par tous les moyens. En cas d’absence de refus inscrit dans le registre, cette non-opposition au don d'organe doit être précisée au cours d’un entretien avec les proches. Cet entretien est réalisé dans un local adapté, permettant de préserver l’intimité et la confidentialité. Il doit se dérouler au moins à deux : le réanimateur qui a pris en charge le patient depuis son hospitalisation dans le service, et éventuellement un membre de l’équipe paramédicale, et la coordination hospitalière. Son objectif est d’annoncer le décès (rôle du réanimateur), d’informer sur la ME et son état irréversible, le don, la finalité de greffe, les conditions de prélèvements en expliquant que c’est un acte chirurgical, la recherche du refus du prélèvement du défunt exprimé de son vivant. Ces deux derniers points sont expliqués par la coordination de prélèvements. Il est très important d’être à l’écoute des proches et de leur laisser un temps de réflexion.

Prise en charge en réanimation du donneur potentiel

Le patient décédé en ME n’a pas l’aspect d’un cadavre car la réanimation a pour but de maintenir un état dynamique correct afin de préserver les organes et tissus à prélever. C’est ce qu’il y a de plus difficile à expliquer aux proches qui doutent du diagnostic. Le but de la réanimation dite d'organes est de traiter les conséquences du passage en ME qui comporte quelques spécificités telles que les troubles endocriniens (diabète insipide, insuffisance surrénale…), cardio-vasculaires (dysfonction myocardique et vasoplégie) et de la coagulation. Elle ne sera pas détaillée dans cet article.

Critères d‘évaluation des organes et des tissus

Pour tout donneur potentiel, il est recommandé pour chaque organe de faire un bilan précis clinique (+ interrogatoire) et paraclinique. Par ailleurs, le bilan général comporte les prélèvements bactériologiques requis dans le cadre de la Sécurité sanitaire et la vérification de la compatibilité donneur/receveur : groupe sanguin HLA (reins).

Organisation du prélèvement d’organes et de tissus

Le prélèvement d’organes est un acte chirurgical effectué au bloc opératoire. Chaque organe est attribué par l’ABM selon les règles de répartition en vigueur. Le prélèvement de chaque organe est réalisé par l’équipe de l’hôpital dans lequel sera réalisée la greffe. Par conséquent, il n'y a pas de prélèvement d'organe non attribué. La restauration tégumentaire est assurée par l'équipe sur place et revêt un caractère éthique à l'égard de la famille voire religieux.

Rôle de la coordination hospitalière lors du prélèvement multi-organes (PMO)

Elle est appelée par l’équipe de réanimation dès la suspicion de patient en ME. Elle joue un véritable rôle de chef d’orchestre et est en relation permanente avec l’équipe de réanimation, les laboratoires et les services d’examens paracliniques, l’ABM, les proches du donneur, l’équipe du bloc opératoire (anesthésistes et infirmières de bloc = IBODE), les différentes équipes de prélèvements d’organes et de tissus. Elle doit, rapidement et de façon concomitante réaliser toutes les tâches suivantes :

  1. Vérifier le diagnostic de ME et récupérer les documents signés (certificat de décès et procès-verbal de diagnostic de ME), le compte-rendu des examens paracliniques : l’EEG ou de l’angiographie
  2. Vérifier l’absence d’opposition au prélèvement du donneur de son vivant : interrogation du RNR, entretien avec les proches
  3. Vérifier l’absence de contre-indications médicales au prélèvement
  4. Procéder à l'anonymisation du dossier (Numéro CRISTAL)
  5. Vérifier avec le réanimateur les organes susceptibles d’être greffés en fonction du bilan spécifique à chacun et de l’âge du donneur.
  6. S’assurer avec l’équipe de soins que la réanimation est optimale
  7. Prévenir le Service de relation et d’appui régional de l’ABM de la possibilité de prélèvement et commencer à renseigner le dossier informatisé, support de travail entre l’ABM et la coordination
  8. Prévenir les équipes du bloc opératoire et d’anesthésie de la possibilité d’un prélèvement : le prélèvement d’organes est une urgence chirurgicale qui ne doit passer qu’après les urgences obstétricales et hémorragiques
  9. Organiser avec les équipes du bloc et les équipes de prélèvement l’heure de début du prélèvement. Les équipes de prélèvement sont désignées par l’ABM en fonction des règles de répartition en vigueur en tenant compte des situations particulières ; super-urgences, enfants. La coordination peut être difficile quand ces équipes viennent de loin : horaire des avions, escortes …
  10. Organiser le transfert du donneur au bloc opératoire à l’heure fixée du prélèvement. Ce transfert est un moment particulièrement critique
  11. Vérifier la prise en charge anesthésique au bloc, s’informer des difficultés particulières qui peuvent modifier la viabilité des organes
  12. Vérifier le bon conditionnement des organes prélevés. Ils sont accompagnés d’un dossier de prélèvement et d’un tube sanguin pour la compatibilité sanguine au moment de la greffe. Aucune identité du donneur n’apparaît sur ces documents ni sur les containers : elle est remplacée par le numéro CRISTAL attribué par l’ABM
  13. S'assurer d'une restauration tégumentaire solide et esthétique
  14. Réalisation éventuelle de prélèvements de tissus
  15. S’assurer du retour des équipes de greffe en urgence vers l’hôpital greffeur : ambulances, escortes policières, avions
  16. Assurer le transfert du corps à la chambre mortuaire de l'établissement de santé
  17. Après le prélèvement, informer les proches quand ils le demandent de la réalisation du prélèvement et la nature des organes prélevés, les accompagner dans les démarches relatives au décès, rester disponible pour un éventuel suivi ultérieur psychologique et répondre à leurs questions concernant le devenir des greffes (donner ses coordonnées)

Prise en charge anesthésique

Elle est peu spécifique et doit comme en réanimation assurer le bon maintien de l'hémodynamique pour assurer une pression de perfusion des organes suffisante. Dans cet objectif, le monitorage est adapté et le recours aux drogues vasopressives fréquent. De même la transfusion sanguine peut être nécessaire au cours du prélèvement d'organe. Par ailleurs, le donneur est curarisé et une anticoaguation efficace administrée avant le clampage aortique en cas de prélèvement cardiaque et/ou pulmonaire. La notification de l’heure du clampage aortique signe le début de l’ischémie des greffons

Item n°9: Prélèvements d'organes et législation

sides/ref/anesthrea/item_9/organisation.txt · Dernière modification: 30/04/2018 13:55 (modification externe)